Au revoir les Gambier et à bientôt.

Hao. (Haoroagai). 1300 habitants.

Nous sommes arrivés après 4 nuits en mer dont la dernière en flemmardant car nous ne voulions pas arriver trop tôt dans cette fameuse passe. Mais qui dit flemmarder ne dit pas bien dormir car la côte n’est pas loin.

5h30 devant la passe Kaki, un courant de 3,5 nœuds sortant. Quelques vagues stationnaires à notre droite. Manevaï a un bon moteur  et pointe son étrave entre la bouée rouge et la bouée verte. Dans le lagon l’eau est comme un miroir. Arthi n’est pas loin derrière nous, il a choisi de passer sous le vent de l’atoll et a perdu du terrain sur nous.

Nous découvrons le lagon, pas encore beaucoup de couleurs il est trop tôt.

Un petit yacht Askari est au mouillage devant l’aéroport. Piste de 3,5km de long pouvant accueillir de gros porteurs et ayant accueilli le Concorde alors que M. Mitterrand se rendait à Mururoa. La piste aurait aussi pu accueillir la navette spatiale américaine en cas de problème.

Nous pouvons déjà imaginer la vie ici lors de la présence du CEP. Base arrière des atolls de Mururoa (Moruroa) et de Fangatofa où s’effectuèrent pendant 30 ans des expérimentations nucléaires. Dans le prolongement de l’aéroport il y a un grand quai, le quai Louarn, où devaient accoster toutes sortes d’embarcations.

Ensuite une grande route et des maisons, enfin ce qu’il en reste, égrenées jusqu’au village. Le lagon est immense, une trentaine de nautiques au total, 5 nautiques entre la passe  et le « centre-ville ».  Un beau terrain de jeux. Downtown, un joli bassin avec deux farés symétriques de chaque côté dont un devant la mairie sur le quai construit après le départ du CEP. Là mollement assise sur une chaise en PVC dont les pieds ont été rabotés une vahiné vêtue d’un gilet jaune (et oui même ici) retire quelques brins d’herbe du revêtement de corail de la placette. On nettoie pour la représentation de samedi. A quelle heure elle est cette représentation ? A 16h, ok nous essaierons d’être rentrés d’Amanu. De 16h elle est passée à 18 puis à 19h.

Nous rejoignons Caesura au mouillage devant le village, Huaiqui est dans la darse et conseille à Arthi d’en faire autant avant le coup de vent. Jori est déjà là, si vous vous en souvenez c’est ce c… de plaisancier qui nous a aveuglés alors que nous rentrions de nuit à Rikitea.

Un petit tour à terre, bonjour monsieur le maire, Tavana Théodore. Merci Mado rencontrée à la mairie de nous prêter ta carte pour l’eau. Mais contrairement à ce que pensait Tavana la fontaine à eau n’est pas réparée, il faudra se faire rembourser. Une séance d’internet l’après-midi devant la mairie et Alizé qui y travaille se propose de nous offrir 60 litres d’eau. Elle bavarde avec son beau-frère Toko, le danseur de la troupe et nous faisons connaissance de la famille. Tonio son tané ( son mari ) est pêcheur, ils ont deux petits enfants. Je ne sais quel boulot a Toko le danseur. Nous leur montrons nos vidéos du festival et leur promettons de les leur copier à notre retour d’Amanu l’atoll voisin. Maeva une des sœurs de Alizé danse dans la troupe justement.

Alizé et son beau-frère Toko, le danseur de la troupe.

Sur Caesura Kristy nous propose de venir prendre un pot le lendemain soir mais part à l‘hôpital faire contrôler une cheville qui enfle. Elle en revient le pied dans une attelle. Nous avons en projet d’aller à Amanu, Appel d’Air et Huaiqui nous en ont parlé avec émotion, et nous devons décliner  l’invitation du pot des amis américains.

Hao. Le village.

La poste et la mairie derrière le faré.

Balade.

Amanu. Au nord-est à 15 nautiques.  Une frange recouverte de cocotiers. Une jolie passe étroite pour entrer dans l’atoll, deux églises à notre droite, un courant  qui ne nous gêne pas. Et nous posons notre pioche près du catamaran « Mais Uma », norvégien comme son nom ne l‘indique pas. Anita et Knut viennent bavarder le long du bord au retour d’une plongée en snorkeling puis nous laissent pour découvrir le village à notre tour.

Ici les habitations ne montrent aucune opulence. Nous rencontrons le maire, le plus jeune de France, qui nous accueille avec un grand sourire. « Oui oui tu peux mettre ton voilier dans le port. » Nous revenons rapidement pour manœuvrer, il nous faut de la lumière pour entrer dans le bassin car les plots de béton immergés sont assez serrés. Mais une fois à bord le mouillage refuse de remonter, la chaîne est coincée dans le corail. Nous tentons un tour à droite puis un tour à gauche mais rien à faire la chaîne rappelle l’étrave durement. Eric s’équipe stab, bouteille, palmes, masque, tuba et descend. 20 mètres plus bas : Coincée qu’elle est dans la patate ! Le jour décline , la visibilité sous l’eau aussi. On verra demain.

Les Norvégiens nous quittent à 6 heures du matin, leur mouillage remonte sans problème. Eric plonge après le petit déjeuner sur l’ancre pour y frapper un bout. L’idée est de soulever l’ancre puis d’amener Manevaï à la verticale, de défaire la chaîne de son point d’amarrage dans le puits et de la faire glisser sous la patate. Dans la nuit la chaîne s’est dégagée de là où elle était prise mais s’est engagée ailleurs. A la main le plongeur extrait et redispose les maillons par-dessus les coraux et rentré à bord remonte sans difficulté tout le mouillage. Bon il a mérité d’amener Manevaï dans le trou d’eau du village. Aussitôt dit aussitôt fait. Et la pioche tombe dans 4 mètres de sable. Nous sommes l’attraction.

A part un grand bâtiment récent posé sur des arches (en cas de tsunami) qui doit être la mairie et le poste de police, il n’y a pas de construction en dur.

Les quelques maisons construites en corail gris ont été abandonnées. Nous retrouvons donc l’habitat traditionnel d’habitations faites de matériaux de récupération ou de maison à ossature bois, murs en plaques de fibrociment, toit en tôle ondulée maintenue par de grosses caillasses. On devine l’âge de certaines époque du CEP à leur agencement  mais beaucoup de rajouts de bric et de broc ont été collés à la pièce principale. Trop de chiens qui semblent errer. D’ailleurs s’ils n’ont pas de maîtres ils peuvent être tués pour leur viande. Des cochons parqués, des poules et coqs en liberté. Certains jardins sont bien entretenus mais il y a un travail de propreté à faire sur la commune Tavana François. Du temps des années fastes le village était propre et fleuri. Près du port deux hommes s’activent dans la chaleur et la poussière, ils aménagent une terrasse et cimentent le sol pour une grand-mère. Un des hommes est le compagnon de Judith la sœur d’Alizé.

Elle nous rejoint vite et nous raconte sa vie ici.

Nini, sa maman arrive et nous parle du CEP, elle a en tête tous les noms des bateaux, les noms des officiers et se souvient très bien de Sylvie et Philippe L. La vie était belle à Hao et à Amanu, les bringues, le champagne, les tablées de 200 personnes. Les militaires venaient s’oxygéner à Amanu, ils arrivaient en petites barcasses au grand ponton depuis démoli par un cyclone. Le temps passe à écouter Nini et Judith nous quitte 5 minutes pour aller chercher son fils à la sortie de l’école en nous demandant de l’attendre. Elle revient avec Temaehaga sur le guidon et nous passe autour du coup des colliers de coquillages de toute splendeur. Nous en sommes émus et gênés car nous n’avons rien à offrir en échange de ses somptueux cadeaux. Nous embarquons les trois amis avec les jerrycans d’eau pour visiter et prendre un pot à bord. Nos jerrycans ont été gentiment remplis par un adjoint au maire chez lui sans doute.

J’offre un stylo, un porte-clés et des bonbons, merci Gwenaëlle de les avoir laissés, à Temaehaga et nous restons dans le cockpit à écouter Nini raconter sa vie avant, pendant et après le CEP. Elle était mineure lorsqu’elle a eu sa première fille Judith et Judith a été élevée par ses grands-parents. Puis Nini s’est mariée avec un Polonais, non il n’était pas dans la Légion Étrangère, il était dans l’armée française. Elle a eu 4 filles avec lui et en a adopté une qui a à présent 11 ans. Ses 4 filles portent des prénoms polynésiens et français, souvenir de personnes qui ont marqué la maman, par exemple Alexandra en souvenir du médecin Alexandre qui a surveillé cette grossesse. Donc si vous me suivez nous connaissons Alizé, Judith et Maeva qui danse dans la troupe de Hao découverte à Rikitea.

Nous remettons tout ce petit monde à terre et repartons en balade, le tour est vite fait. Je veux offrir une aquarelle du bord à Judith et dire au revoir aux amies car nous allons passer la nuit au Pito. On ne peut dire être venu à Amanu si on n’est pas allé au Pito, centre de l’atoll, embryon de toute la légende d’Amanu et Hao. La photo prise par drone est superbe.« Te pito o Amanu » (le nombril d’Amanu) est un pinacle de corail en forme de triskell simplifié, du corail blanc, quelques rocs et de l’eau turquoise. Les trois branches de l’étoile mesurent une vingtaine de mètres et sont orientées vers Hao, Tauere et le village de Hititake. Le problème est que nous y arrivons à la nuit tombée et ne goûtons pas la poésie du lieu mais nous y sommes bien abrités, l’eau est calme derrière les blocs de corail. Au matin nous ferons une petite excursion sur le reef et découvrirons la plaque de ciment dans laquelle sont gravés quelques noms, Nini nous avait parlé de noms de officiers généraux mais il s’agit plus de noms polynésiens.

Bon nous avons coché la case Pito, nous pouvons dire que nous sommes allés à Amanu et nous pouvons rentrer sur Hao.

La passe est calme nous quittons l’atoll et en 3 heures sommes devant Hao.

Et c’est là que la difficulté se présente, beaucoup de courant sortant, des vagues stationnaires qui bouillonnent à droite. Il est 15 heures et la représentation de la troupe est prévue à 16 heures. Il va nous falloir 25 minutes pour franchir cette fameuse passe, 6,5 nœuds contre nous, moteur poussé à 2600 tours par moments pour avancer un peu plus vite que 0,1 nœuds. Eric choisit de sortir du chenal et tout en ayant un œil sur le sondeur, un œil sur la côte pour mesurer notre progression.  Yes we got it !!!

Dans la darse sud il y a du monde : 5 monocoques à quai, 2 catamarans mouillés au milieu. Gerald sur Gabin est là et nous raconte qu’il est rentré sans moteur, problème de courroie d’alternateur,  remorqué par un voilier qui sortait, qui a affalé ses voiles et fait demi-tour pour l’aider à rentrer. Tous les voiliers sont à l’abri avant le coup de vent annoncé. Les Norvégiens de ‘Mais Uma’ viennent nous inviter pour un pot. Il nous faut finir notre amarrage, poser des garde-rats sur les aussières et nous écarter du quai. Quelques bateaux ont eu la surprise d’entendre et de trouver un rat sur le pont lors de la première nuit dans la darse.

La représentation est à 19 heures donc nous avons le temps de croquer quelque chose avant de prendre l’annexe pour nous rendre à la mairie.

Nous retrouvons Lucie rencontrée à Rikitea et faisons la connaissance de Mamie Blue. Ah Mamie Blue il/elle a connu toute la marine, toute l’armée dans sa boîte de nuit aux temps des splendeurs d’Hao. Une fois de plus je filme mais cette fois-ci face aux danseurs derrière les maires de Hao et Amanu. Encore une belle soirée.

Je retourne voir Lucie le lendemain pour bavarder et comprendre Hao, elle me confie que revenue à Hao après 30 ans d’absence elle en a pleuré de voir l’état de délabrement des constructions, des rues moins propres, des jardins moins fleuris …L’armée en partant a remis en état les terrains, a laissé les constructions aux habitants ce qui fait que le carré des officiers de marine est à présent habité par au moins deux familles, que les bureaux du Général de la Légion sont investis par des familles aussi. Pour récupérer la totalité de son terrain un habitant a coupé la rue qui permettait de rejoindre plus facilement le bourg.

Au matin dans la darse.

« 

En soirée avant le grain.

Dimanche. Une belle pluie remplit nos jerrycans, nous sortons quand même à pied pour nous rendre à la pension Parua où nous avons un bon internet. Merci Maimiti et Parua de mettre le réseau à disposition.

Nous sortons un soir dans un snack avec nos amis brésiliens d’Arthi, le snack est transformé, une jolie table fleurie d’hibiscus rouges, une jolie vaisselle. Des rations copieuses de poisson cru.

Et le dernier soir alors que nous n’avons pas résolu notre problème d’approvisionnement en eau nous rencontrons Ipu qui se balade en vélo sur la darse. Il aime bien venir contempler les voiliers. Il nous raconte qu’il était le beau-frère d’Alain Colas, qu’il a fait la traversée Toulon Marquises Tahiti avec lui… Et le lendemain  nous sommes chez lui en annexe pour remplir nos jerrycans et écouter les histoires de l »oncle Ipu ».

A côté de la maison de Ipu.

Ipu a repris possession de sa maison.  C’est sur son terrain que l’armée avait installé le club de plongée.

Deux pleins d’eau plus tard…Nous quittons Ipu en annexe pour déjeuner avec quelques voileux à la pension Parua avant de quitter Hao. Délicieux déjeuner de poissons perroquets. Et colliers de coquillages offerts à chacun.

Nous avons dit au revoir à tout le monde sauf Lucie qui nous attend avec Véronique sur le port. Enfin nous faisons la connaissance de Véronique, une des premières infirmières polynésiennes en poste pendant les 30 ans du CEP.

Lucie nous remet des colliers de coquillages, nous embrasse.

Il faut partir si nous ne voulons pas rater la marée, en fait ici vous l’avez compris il faut sortir et entrer avec le courant qui n’a rien à voir avec la renverse de la marée.

A notre grande surprise quelques amis assistent à notre sortie de la passe. Ils veulent se rendre compte de ce qu’ils auront demain en quittant l’atoll. Ont-ils pris des photos ? Nous ne savons pas nous étions très concentrés .

Pour en revenir à Hao il est fortement question d’y développer l’aquaculture. Un immense projet est en cours financé par des entreprises chinoises, rassemblées au sein du groupe Tahiti Nui Ocean Food. Le but serait de produire 50000 tonnes/an de poissons élevés dans le lagon, essentiellement des mérous. Certains jeunes seraient déjà partis en formation en Chine. Un tel projet procurerait effectivement beaucoup de travail à la population. Quid de la pollution générée par ce genre d’élevage ?

Avec les ressources marines, le tourisme et l’artisanat, Hao espère un avenir meilleur. Un programme de reboisement en espèces endémiques a été lancé, les productions maraîchères et fruitières sont attendues, le coprah  et  l’apiculture comme aux Gambier fournissent seulement un petit revenu.

http://sailwx.info/shiptrack/shipposition.phtml?call=BARFR04

 

 

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