Entre Sola et Lata nous avons bien sûr essayé de pêcher, il y a des hauts-fonds juste en quittant la baie, mais nous n’avons rien pris. Nos leurres plaisent bien puisque nous les perdons or le fil est calibré à 200 pounds. Jusqu’à présent, nous avons pêché un thon, une bonite puis deux têtes avec boyaux, ils ont servi de casse-croute à des plus gros.

Salomon. Deux nuits en mer, nous passons Vanikoro pour plus nord faire notre entrée à Lata aux Salomon.  Nous nous sommes bien posé la question: qu’est-ce qu’on fait ? On va à Vanikoro en douce, ni vu ni connu ou alors on joue le jeu et l’on fait notre entrée réglementaire aux Salomon? Nous avions interrogé des amis avant de quitter Nouméa et les réponses étaient : tu peux tenter, mais tu risques une amende si là-bas quelqu’un te dénonce, simplement par jalousie, car tu auras sympathisé avec un local et pas avec un autre.

Nous arrivons à Lata, l’un des ports d’entrée des îles Salomon sur l’île de N’Dendo. Dès que les formalités seront terminées, nous prendrons la route sud en nous arrêtant peut-être dans un lieu superbe comme un atoll, entre Lata et Vanikoro, Utupua. Qui dit formalités dit complications, car nous n’avons pas d’argent local pour payer la taxe. (Taxe qui fluctue en fonction de la tête du client ou de la nationalité. Il y a bien (eu)  un distributeur, mais aucune carte bancaire n’y était acceptée. Il semblerait qu’il y ait eu un commerçant qui faisait le change. Dixit les blogs de 2019.)

Nous avons beaucoup, trop, marché au moteur, mais nous savions que nous n’aurions pas beaucoup de vent et qu’il serait dans le nez. Nous croisons quelques grains qui nous permettent d’accélérer au près. Ce qui fait que ce matin, 29 nœuds, beaucoup de choses ont valsé, dont les miniaubergines qui ont traversé le carré pour venir se réfugier sur la banquette en face. Mais le petit déjeuner était sauf, aucun mug cassé. Notre manivelle électrique nous a abandonnés et Eric doit mouliner à la main comme avant. Ce qui fait que réduire la toile qui ne demandait aucun effort avec l’e-wincher, prend à présent beaucoup plus de temps et d’énergie.

L’arrivée à Lata a été compliquée par un grain qui nous a obligés à nous éloigner de la côte, en douce, je soufflais à Eric « ♫ on s’en fout, on n’y va pas ♪ » et on redescend sur Vanikoro tout de suite. Mais Eric, patient et sachant que nous étions tout près, a tenu et à la première éclaircie, nous sommes entrés dans Graciosa Bay.

Se méfier des récifs, le chenal est sommairement indiqué, mais avec l’application Donia (photos satellites) nous avions confiance. Nous avons cherché où mouiller près de l’aéroport et du bourg, mais plus de 21 mètres de fond partout, sauf sur une petite bande, nous a découragés. Donc comme indiqué sur les instructions nautiques, nous sommes allés en face, 2 nautiques, pour mouiller à Shaw Point. Beau mouillage sous le soleil de fin de journée. Pas de photo, nous étions occupés à la manœuvre.

Nous avons vite été rejoints par 3 hommes en barcasse alu, l’un godillant à l’avant, qui avaient envie de « trader » avec nous, mais nous ne voulions rien échanger avant le passage aux douanes. Ils nous ont assuré que les services immigration et douanes passeraient à bord le lendemain.

Ils sont allés poser leur filet épervier plus loin, sous les arbres de la petite bande de récif qui protège le mouillage. Nous ne les avons pas revus.

Le lendemain matin, il a plu sans discontinuer après le passage de Chris, arrivé en pirogue torse nu pour nous proposer un snake-bean, concombre immense courbé, ou plutôt haricot géant, qui se cuit. Moi, accepter un genre de serpent à bord ? Eh bien oui, je l’ai fait. En remerciement, il a reçu un teeshirt de 4 ans pour un enfant de quelques mois, je n’ai pas toutes les tailles.

L’après-midi, une éclaircie, nous prenons notre annexe à deux mains et traversons la baie à la recherche de la douanière.

D’abord mettre l’annexe à l’abri.

Le caboteur rouge est toujours à quai et il y a un petit marché à terre.

Le taxi.

Des bonites, en veux-tu, en voilà, et ce fameux fruit pour mâcher le bétel. Les femmes sont souriantes, les hommes un peu moins.

Nous demandons où se trouve la douane, personne ne sait excepté le conducteur d’une voiture : Nelson ! Il se propose de nous emmener, premier arrêt devant une baraque qui devrait être la douane, pas d’inscription, porte fermée, personne. Deuxième arrêt, une maison particulière, le domicile de la douanière.

Il l’appelle, c’est une voix d’homme qui répond derrière les fenêtres du premier étage. On attend 5 minutes et une femme descend par l’escalier extérieur. « J’attendais aussi Run to Paradise pour venir vous voir ». Et il arrive quand ce bateau ? « Demain ». On aurait pu les attendre longtemps.  En arrivant en NC, nous avions vu l’AIS de Run to Paradise, mais nous n’avons jamais croisé l’équipage.

Pour tout vous dire, Nelson a été le « Premier » (maire) de cette bourgade et les gens lui obéissent encore. Donc, il a demandé à la douanière de se changer et de se préparer à traverser la baie pour nous inspecter. Il a prévenu l’immigration et ensuite nous a emmenés acheter une carte téléphonique pour que nous ayons la météo et des nouvelles de la famille. En fait, il nous a offert cette carte téléphonique, car nous n’avions toujours aucun dollar salomonais sur nous. Il n’y a plus aucun distributeur de billets à terre.  Nous avons rembarqué dans l’annexe, non sans avoir bavardé avec Fernandez qui nous a raconté les papillons des îles Salomon qu’il exportait en France. La vedette des douanes et de l’immigration est arrivée avant nous au mouillage. Les deux officiels et leur chauffeur. Eric a rempli les papiers, a fait les photocopies, j’ai proposé un verre d’eau, elle a réclamé un jus de fruits, dommage, c’était le dernier du frigo et j’ai été obligée de refuser un deuxième verre, car quand y a plus, y a plus.

Elle a demandé à entrer à l’intérieur, a tiqué devant l’atelier où sont stockés les voiles et tout le matériel, j’ai proposé de lui en montrer plus en ouvrant les boîtes de pièces de rechange, mais ça lui a suffi. Elle restait méfiante « mais pourquoi voulez-vous aller à Utupua et Vanikoro ? Madame, Vanikoro c’est l’Histoire de France ! » Hop quelques tampons sur les papiers et bye bye. Horreur, ce matin en prenant la barre, nous avons découvert qu’elle avait aussi tamponné le cuir de notre barre ! Vengeance personnelle d’avoir été sortie de sa sieste ?

J’ai pris quelques photos à Lata en demandant à chaque fois l’autorisation, les femmes restent tout sourire, les hommes tournent la tête.

Nous espérions nous débarrasser de nos poubelles non alimentaires, nous n’avons même pas posé la question lorsque nous avons vu que les immondices étaient repoussées le long des routes. Heureusement la civilisation sacs plastique n’est pas encore trop arrivée chez eux, tous les légumes sont emballés dans des feuilles de bananiers, le poisson est rapporté tête en bas à la maison. Mais nous avons pu constater que la junk-food était consommée au vu des emballages qui trainaient par terre.

Comme tout pousse, notre regard est attiré d’abord par les taches de couleur des végétaux qui composent les haies avant de descendre plus bas vers les talus de détritus. Les gens ne sentent pas mauvais, mais beaucoup sont habillés de vêtements très abîmés. Même notre sauveur Nelson qui portait une jolie chemise et bien sa chemise était bien aérée.

Ici ce n’est plus le kava qui est le produit consommé, c’est la noix de bétel qui est mâchée comme une chique accompagnée de poudre de chaux qui agit comme catalyseur.

Ce qui colore en rouge la salive, les dents et les gencives en orange. Le sol autour de nous est jonché de crachats orange, de bétel.

Et hop, démontage du waterlock. Nous avons un peu d’eau qui s’échappe de l’échappement du moteur. Un truc qu’Éric n’avait pas démonté à Nouméa. Pour changer les joints, les fournisseurs de Ducos sont un peu loin.

En soirée, sous la pluie, Hilda et une de ses filles passent nous voir dans sa pirogue avec un petit bouquet de fleurs et quelques légumes.

Nous avons prévu d’appareiller à 5 heures du matin, mais elle aimerait que nous rechargions son téléphone portable et son ordinateur. Elle aimerait aussi que nous chargions des vidéos pour ses petits, mais nous n’avons rien à bord. Nous acceptons de ne partir qu’à 7 heures pour elle.

Le lendemain, elle est là à 7 h 15 avec un autre enfant et des citrons verts, de l’igname juste cuit pour nous. Nous lui offrons du sel dans un bocal de confiture, du vernis pour le bois, des vêtements pour elle et les enfants, elle aimerait des contenants en verre, nous lui proposons nos bouteilles vides. Elle nous parle d’imperméables et nous oublions totalement que nous avons des kways en double.  C’était si facile de les lui offrir.

En route vers le sud, pour Utupuoa.

Et raté Utupua, nous avons bien deux heures de retard, il fait trop sombre pour entrer dans le lagon.

Nous continuons sur Vanikoro.

 

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