3 jours, 3 nuits de mer pour arriver aux Cook avec une menace de 30 nœuds dans le nez pour la dernière journée, menace disparue à la météo suivante.

Notre issue aurait été Aitutaki avec une route plus ouest où nous serions arrivés en 60 heures mais nous n’aurions pas pu mettre pied à terre sans régler des droits de tourisme.

D’abord vent de travers, quelques tours de rouleau dans le génois et deux ris dans la grand-voile. Manevaï avance bien 6, 7, 8 nœuds. Nous attendons le vent arrière promis. J’essaie de dessiner les fruits et légumes offerts à Mopélia mails ils roulent sur les bancs du cockpit.

Les nuits sont hachées, réveil lorsque le radar détecte quelque chose qui peut être un bateau, un grain ou des vagues, réveil lorsque les voiles battent ou lorsque les mouvements du bateau changent. Sortir régler les voiles,  changer légèrement de cap pour que Manevaï s’appuie sur la vague, se recoucher.

La dernière nuit le vent tourne et nous oblige à être travers. Génois détangonné et roulé, deux ris pris en soirée dans la grand-voile. A minuit on sort et on reprend les réglages. A deux heures on est sous le grain qui a le mérite  de rincer le pont et de nous faire grelotter.

 

Au matin l’île se dessine c’est un ancien volcan donc visible de loin. Peu de lagon, le récif tout proche est une protection naturelle pour les quelques terres du littoral.  La mer est toujours bien formée sans être trop dure.

Avant d’arriver nous contactons le harbour master sur la vhf mais c’est  un autre voilier Sheila qui nous répond «Welcome Manevaï,  It’s rolly inside the harbour ». Il nous explique qu’il  a passé une nuit d’enfer, que ses aussières ont cassé et qu’il a préféré mouiller dans le port plutôt que de taper contre le quai. Nous étions mieux en mer. Sheila, plus léger que nous, danse beaucoup sur son mouillage. Nous le reconnaissons, il était avec nous à Kauehi et avait embarqué deux jeunes Paumotu avec leurs vélos pour les ramener à Tahiti.                   

Nous faisons comme lui et mouillons entre les deux bassins, celui des pêcheurs (les gros) et celui des pêcheurs (les petits charters de pêche).

D’abord nous faire reconnaître, Eric descend à terre mais revient me chercher « les autorités veulent te voir aussi ». Douanes il faut remplir des papiers, le phytosanitaire doit passer asperger l’intérieur de Manevaï (il n’est jamais passé mais nous avons quand même réglé 25 dollars). Combien de bières avez-vous, combien de litres de vin, d’alcool ? Sortirez vous vos chaussures de sports ? Etes-vous allés en forêt dans les derniers quinze jours ? And so on and so on…

Un petit tour au marché où seulement quelques stands sont ouverts. Pour le déjeuner nous choisissons des meat and peas pies délicieuses, il n’y a pas de doute nous sommes chez les Poken. Ils parlent tous un  anglais remarquable sans accent, où est la poésie polynésienne?

Beaucoup de motos et de scooters. Comment faire la différence entre un conducteur local et un touriste? Très simple le touriste porte un casque (c’est obligatoire) et le local est tête nue ou coiffé d’une couronne de fleurs. Les bébés sont sanglés dans le dos des adultes par un pareu. Une loi est à l’étude pour obliger tous les conducteurs à porter un casque car on dénombre trop de morts par accidents de deux roues, seuls les 16-25 ans sont obligés d’en porter un. Moins de pickups qu’en Polynésie, plus de petites voitures. Vitesse maximum autorisée sur la route 50km/h. Tout le monde est motorisé, personne ne marche à pied, excepté les touristes, il n’y a d’ailleurs qu’un seul passage pour piétons sur toute la rue intérieure de Avatiu.

Nous sommes dans une île tournée vers le tourisme, l’accueil n’est pas chaleureux et nous sommes encore empreints de nos derniers jours à Mopélia.

L’après-midi nous marchons de Avatiu jusqu’à Avaroa l’ancien port détruit par le cyclone de 97. Un projet d’aménagement du littoral est affiché sur la promenade, cela semble pharaonesque. Un port de plaisance créé de toute pièce dans le récif, un stade de foot,  une aire de jeux. Notre recherche de carte Sim nous emmène à l’agence Bluesky, une jeune femme fort aimable nous reçoit au milieu de drapeaux et ballons  bleu blanc rouge. Tournoi de Rugby ce bureau soutient la France le bureau d’à côté soutient le Pays de Galles. C’est elle qui nous donne les résultats, dommage …A Avaroa les poppa se retrouvent entre eux au Traders Jack pour un  verre devant le coucher de soleil. Les vaka féminins sont mis à l’eau pour l’entrainement.

Nous avons gagné une bonne heure de jour en avançant vers l’ouest. L’eau, elle, s’est refroidie, pas de lagon la température est descendue à 25°.

Bill est sur le quai et nous hèle, première personne à nous souhaiter la bienvenue. Il est originaire de Palmerston* et devinez son nom de famille est Marsters! Il est responsable de la surveillance de la pêche débarquée à terre. Il comptabilise le nombre de poissons pêchés par chaque petite ou grosse barcasse à l’arrivée à quai. Nous allons le retrouver deux fois par jour, essayer de l’inviter à prendre café à bord. Lui, nous offre un superbe filet de mahi mahi.

Samedi nous passons une aussière sur une bouée pour nous mettre face à la houle. Et nous allons au marché, tous les emplacements sont occupés fruits, légumes, vanneries, tissus, tivaevae ( tifaifai à Tahiti), perles et snacks bien sûr.

L’après-midi Brad arrive seul à bord de Perception et Eric l’aide d’abord à mouiller puis tente de faire pivoter l’arrière de son voilier pour l’amener vers le quai mais un moteur d’annexe de 4 chevaux ne peut rien contre le vent.

Il a un problème de guindeau, de pilote automatique, son pont se désolidarise de la coque… Il est cool, pas inquiet du tout. Bref pour une fois que nous pouvions déjeuner tôt nous passons à table à 14 heures.

Dimanche matin .

A la radio un épisode de la série  « La Bible », l’arbre de Jessé. Acteurs, bruitages, musique d’ambiance. Très convaincant.

Nous nous déplaçons pour nous amarrer cul à quai avec un mouillage à l’avant. Un gros bateau doit arriver et il faut lui laisser de la place pour éviter. Moi je veux passer à l’église, je veux penser à Silvana notre amie de San Blas qui est très malade. Quelques tenues élégantes, ces dames sont chapeautées,

les hommes portent chemise et pantalon. Les fidèles arrivent en pick up, scooter ou moto.

L’après-midi Eric est encore et toujours penché sur l’alternateur de ligne d’arbre, moi je recommence la série des cuivres du bord. Nous avons pris une « baleine » entre Mopélia et Rarotonga, voilà ce que c’est de ne pas fermer les panneaux en navigation, une belle vague est entrée dans le carré salant tout sur son passage. Pour se détendre un peu nous partons découvrir la route côté sud  jusqu’à l’aéroport et longeons un cimetière très fleuri, bon d’accord toutes les fleurs sont en plastique mais au soleil du soir les couleurs sur les tombes peintes en blanc sont magnifiques.

C’est vrai, c’est bientôt Noël.

 

Nous avons aussi cherché les fameux Barringtonias et pensons avoir trouvé un spécimen près du palais Le Para O Tane Palace qui servait de résidence à Makea Takau Ariki, femme gouverneur du district d’Avarua.

Le barringtonia est intéressant pour ses fruits dont les graines étaient séchées puis réduites en poudre, cette poudre était mise dans les interstices des coraux pour anesthésier les poissons, la pêche était ensuite bien  facilitée, il n’y avait plus qu’à ramasser le poisson. Pêche interdite à présent.

Le soir alors que nous allons nous coucher le vent forcit et nous met en travers. Nous décidons de prendre les devants. Nous allons poser notre ancre plus loin et mouiller plus en avant pour nous écarter du quai. Nous rallongeons les aussières, relevons le mouillage, nous avançons contre le vent, et mouillons 40 mètres de chaîne pour être tranquilles cette nuit. Nous raidissons les aussières et rangeons. 23 heures, nous pouvons nous coucher, le vent est tombé, la pluie a cessé.

Lundi nous rachetons du crédit BlueSky pour internet et louons des scooters pour un tour de l’île. Cela faisait 30 ans que je n’avais pas mis mes fesses sur la selle d’un engin motorisé.

Notre balade est très agréable, l’Ara Tapu 32 Km de route côtière bien entretenue, personne ne roule vite.

Nous dénichons un restaurant en bordure de lagon où je m’offre un splendide hamburger, on est chez les Poken oui ou non? Et je me régale.

L’église de  de Titikaveka taillée dans un bloc coralien, 1841. 

Où est la cascade de Wigmore? Nous acquittons les droits d’entrée 4 dollars et grimpons en scooter le plus haut possible. Puis à pied nous rejoignons la fameuse cascade et là nous éclatons de rire, c’est tout petit!

En redescendant je suis intriguée par de grands bâtiments laissés à l’abandon ne serait-ce pas le fameux Sheraton ? Le scandale financier des années  90!

La lagune près du village de Muri.

Avant de rendre nos montures nous faisons quelques courses dans le supermarché CITC sur la route de l’aéroport plus agréable et mieux fourni que FoodLand, celui placé en ville qui est sombre et sans climatisation.

Mercredi 6h45 «  hello » Eric sort dans le cockpit. Je râle déjà « ah non on ne va pas nous demander de bouger encore».  En fait il faut seulement donner du mou dans une aussière pour qu’un bateau de pêche puisse venir le long du quai. Nous assistons au débarquement des thons déjà étêtés.

Nous essayons d’aller à terre mais le paquebot Le Gauguin est arrivé et monopolise un autre quai de débarquement. Le port met à notre disposition une coupée digne de ce nom difficile à aborder avec l’annexe quand même. Nous passons aux douanes, une heure pour être en règle et 115 euros de taxes. (Notre clearance nous sera remise jeudi au moment de notre appareillage. Ils veulent certainement s’assurer que nous quittons bien tous les deux le territoire). Un petit tour au musée, désolée interdiction de prendre des photos, il n’y avait rien de remarquable de toutes façons.

Tiens, tiens, tiens les mutins du Bounty seraient les premiers à avoir découvert Rarotonga en 1789.

Jeudi appareillage, dire aurevoir à Bill Marsters, la veille j’ai confectionné des gâteaux bananes et j’aimerais lui en donner quelques-uns. Il est dans son atelier sur le quai. Dans une semaine il rentre à Palmerston retrouver son épouse qui elle a internet. Nous passons au marché et rachetons une heure de Bluesky pour envoyer un mail important mais les mises à jour se faisant automatiquement nous consomment tout le crédit. Tant pis nous essaierons de réduire au maximum les pièces jointes et enverrons le mail par sailmail.

Bill nous offre citrons et mangues pour la route. Meitaki Maata Bill, merci beaucoup Bill.

Sans regret nous quittons Rarotonga, nous n’avons pas su y trouver du charme et attendons des surprises des escales suivantes. Ka Kite Rarotonga.

Idée des prix pratiqués : Mouillage/Marina pour 13,50m et 5 nuits, 140 euros, pas d’électricité mais le capitaine du port a mis un tuyau d’eau à notre disposition pour faire les pleins. 115 euros de douane plus 25 de service phytosanitaire. Consommation personnelle internet:  80 euros.

 

*Palmerston « c’est l’histoire d’un mec » William Marsters  qui arrive sur cet îlot avec 3 femmes en 1863. 17 enfants, 54 petits enfants…Depuis nous en sommes à la 5ème génération. Nous avons été tentés de faire escale à Palmerston et d’apporter des denrées ou de l’essence.  En 2010 Jimmy Cornell avait recensé 108 bateaux y relâchant. Les voiliers mouillent à l’extérieur et une personne locale vient chercher les équipages en annexe. Les voiliers à faible tirant d’eau ne sont plus autorisés dans le lagon.

 

Les îles Cook furent habitées par les Polynésiens au VIII/IXème siècle, c’est un cartographe russe qui les baptisa du nom de Cook alors qu’il s’y est peu intéressé. Il n’aurait même pas pris contact avec la population indigène.

Deux archipels l’un au nord avec des îles plates sans doute colonisées par les Samoans ou Tongiens puis découvertes par Alvaro de Mendana en 1595,  l’autre au sud avec des îles hautes sans doute colonisées par les Marquisiens puis découvertes par James Cook en  1770. Rarotonga serait la plus jeune de toutes avec le mont Te Manga de 653 m de haut et la forêt tropicale très dense qui recouvre ses pentes escarpées. Les terres fertiles se situent en basse altitude, ont une superficie réduite mais offrent une quantité importante d’espèces végétales. A l’exception de la roussette tous les mammifères furent introduits par les navigateurs européens ainsi que la plupart des plantes comestibles et décoratives.

Les indigènes ou « Cook Islands Maori » sont proches des Maori de Nouvelle-Zélande. Ils devaient être 20.000 à l’arrivée des premiers Européens  mais les maladies importées par ces derniers les décimèrent. Le XXème siècle par contre vit une nette croissance de la population. Sur les îles du nord les sinistres Blackbirders enjôlèrent de force un grand nombre d’habitants revendus plus tard comme esclaves en Amérique du Sud. En 1821 les missionnaires de la London Missionary Society débarquèrent sur Aitutaki et  contrôlèrent la vie publique communautaire. En 1880 la Polynésie française devenait une colonie et l’Angleterre fit passer en 1888 les îles Cook sous protectorat britannique. En 1901 elles furent administrativement jumelées à la Nouvelle-Zélande. En 1965 le pays obtient son autonomie interne, la Nouvelle-Zélande  ayant toujours la responsabilité  de la politique extérieure et de la défense. Toute personne née sur les îles  Cook a la nationalité néo-zélandaise et est donc sujet britannique.  Après la Deuxième Guerre mondiale on enregistra une première vague contrôlée d’émigration vers la Nouvelle-Zélande.

Aujourd’hui le tourisme représente la première source de revenus attirant principalement les Néo-Zélandais, les Australiens et les Canadiens. D’après le Guide Nelles, éditions 2004,cette économie longtemps instable aurait retrouvé  une croissance positive.

www.manevai.fr

http://sailwx.info/shiptrack/shipposition.phtml?call=BARFR04

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