4 jours à Prince Rupert que nous retrouvons avec plaisir bien que la météo soit un peu capricieuse. Un ravitaillement, un retour au musée où nous sommes admiratifs du travail des artistes, contemporains ou anciens. Nous sommes ici en territoire indien, celui des Ts’msyens, navigateurs, guerriers et artisans. Tout le musée est consacré à leur histoire, leurs coutumes et leur artisanat.

Un petit tour chez le barbier ou plutôt la barbière d’où je ressors rasée de près, pas grave, plus sud il fera plus chaud. Nous échangeons avec elle et un client. Pour eux l’économie de la ville est en baisse. Effectivement quelques magasins restent fermés mais de nouvelles boutiques ont ouvert exposant de jolis articles. Il y a aussi une vraie boulangerie que nous découvrons la veille du départ.

L’économie de la ville repose principalement sur le transport maritime, la logistique et les ressources naturelles.

Son port en eau profonde est le deuxième plus grand port du Canada sur la côte pacifique et une porte majeure vers l’Asie. Le port a manipulé 26 Millions de tonnes de marchandises en 2025. (Conteneurs, gaz de pétrole, biocarburants, charbon et céréales). 74 millions à Marseille-Fos. 84 millions de tonnes pour le HAvre-ROuen-PAris.

La pêche : le plus important centre de débarquement de la côte nord-ouest.

Le tourisme : l’industrie des croisières et la pêche sportive attirent de nombreux visiteurs. 43 paquebots en saison, 60 000 passagers en 4 mois.

Histoire de Prince Rupert :

Nous sommes en territoire Ts’msyen, depuis 10 000ans la région est habitée par la nation Tsimshian. Bien avant l’arrivée des Européens, la zone était un centre d’échange majeur pour les fourrures, le poisson et l’obsidienne, (gisements en Colombie Britannique et dans le Yukon).

Au début du XXème siècle, Charles Haynes, président du chemin de fer « Grand Trunk Pacific » choisit ce port, libre de glace, comme terminus pour la côte pacifique. (Le nom de Prince Rupert rend hommage au Prince Rupert du Rhin, premier gouverneur de la compagnie de la Baie d’Hudson). Mais C.Haynes meurt dans le naufrage du Titanic en 1912 et sa mort met un frein au développement économique de la ville.

1914, le premier train transcontinental arrive. Mais la Guerre empêche la ville de devenir la rivale de Vancouver.

Seconde Guerre Mondiale, la ville devient une base militaire stratégique pour les forces canadiennes et américaines face à la menace dans le Pacifique.

Après la guerre l’économie explose grâce à la construction d’une usine de pâte à papier et au développement massif de la pêche.

Dans les années 90 c’est une grave crise économique, les conserveries et l’usine de pâte à papier ont fermé.

En 2007, début du grand Hub logistique mondial ultramoderne. Sa position géographique offre la route maritime la plus courte ente l’Amérique du Nord et l’Asie.

Où sont passés les peuples autochtones ?

Communautés de Lax KW’alaams et de Metakatla, les Nisga’a, les Gittxsan, les Haidas et les Heitsuks représentent 37% de la population totale. Ces Premières Nations sont pleinement actives sur le plan culturel, politique et économique. Les traditions ancestrales se transmettent activement, le système de gouvernance traditionnelle coexiste avec les élus. Les Potlatchs structurent toujours la vie sociale et juridique. Ces Premières Nations sont des partenaires incontournables du développement de la région. C’est ce qui est affirmé dans les guides touristiques.

11 juillet. A Cow Bay marina nous faisons la connaissance de l’Ovni français Fredoya. Nous espérons nous revoir, nous devons appareiller pour récupérer Quentin à l’avion sur l’île en face. Une expédition pour lui que de nous rejoindre. Panama/New-York/Los Angeles/Vancouver enfin Prince Rupert. Puis arrivé à l’aéroport c’est embarquement en petit bus, les bagages dans un camion et transfert en ferry jusqu’à un terminal près de Prince Rupert. Grâce aux conseils de Fredoya nous prévenons Quentin de récupérer son bagage et de monter dans le bus avec. Nous sommes au départ du ferry et embarquons notre fils dans l’annexe jusqu’à notre mouillage de Pillsbury Cove.

Nous levons l’ancre, il fait beau, la mer est belle et au moteur nous atteignons Kinahan Islands après avoir admiré le terminal de Fairview. Un train de plus de 120 wagons chargés chacun d’un conteneur, les marchandises sont directement chargées sur les rails et transitent jusqu’à Prince George. Le train de passagers lui, relie l’océan Pacifique à Jasper en Alberta avec un arrêt obligatoire d’une nuit à Prince George. (1160 kms).

En route pour visiter la conserverie North Pacific Cannery. Mais nous ne pouvons débarquer à terre. Sur le livre le Waggoner, il est écrit qu’un ponton dédié aux bateaux de passage a été installé, notre Waggoner date de 2017 et nous ne voyons rien. La marée est basse et la vase ne nous permettra pas d’aller à terre.

Dommage. Nous reprenons la route avec toujours l’espoir de pêcher quelque chose lorsque nous croisons des gill-netteurs. Mouillage le soir à Elliot Islands. La chaudière toute neuve refuse de démarrer.

En route.

13 juillet, après midi. Oona. Le village a été fondé au début du XXème siècle, par des colons nordiques venus s’y installer en prévision du chemin de fer à Prince Rupert. Grâce à l’abondance de cèdres rouges et jaunes, les artisans ont construit plus de 100 bateaux en bois destinés à la pêche aux saumons. A présent les retraités profitent du calme, entretiennent leurs maisons et leurs jardins. 40 personnes vivent à l’année dans cette communauté. 

Nous sommes déjà venus à Oona. Pas beaucoup de fond, impossible de rentrer à marée basse ici, un peu plus de balisage ?  Pas certain. Les broussailles cachent l’alignement des deux amers bleus et blancs.

Difficile de trouver une place dans la toute petite marina. Mais un pêcheur et un jeune bûcheron nous aident à nous mettre à couple d’un bateau de pêche. Des biches sur le rivage. Toujours beaucoup de choses qui traînent sur la grève, deux bateaux, une maison écroulée, du matériel de construction.

Balade, rencontre des résidents, ici pas de Natives. Café demain à 10h ? Oui bien sûr. Une institution ce café de 10h, toujours dans la même grande maison. Je prépare un far aux pêches à partager demain. Nous retrouvons Bob!

Il n’y a plus qu’une liaison par hydravion par semaine, deux ou trois petites offres de location pour la saison. Les courses se font à Prince George, 90 000 habitants, où se trouvent les gros hypermarchés. C’est-à-dire qu’il faut d’abord se rendre à Prince Rupert en bateau puis un bus ou un train ou un avion jusqu’à la « Capitale du Nord ». Le mari d’une des épouses travaille 15 jours par mois à Prince Rupert et rapporte donc les courses. Toutes les dames rencontrées ont des hobbies, crochet, tricot, jardinage, cuisine. Et notre hôtesse me fait admirer son atelier, il y a même un abat-jour très raffiné créé de ses mains. Les hommes travaillent dehors ou vont à la pêche. Beaucoup de coupes de bois sont exploitées. Il n’y a plus d’écoles, aucun magasin mais encore un service postal.

Griffith Harbour. Côte nord-ouest de Porcher Island. Beaucoup de vent pour rejoindre Griffith Harbour caché au milieu des rochers roses et gris. Dommage nous ne pouvons y rester plus d’une nuit, nous aurions aimé visiter toutes les criques et pêcher. Pour l’instant nous ne sommes pas chanceux, rien dans le panier à crabes, rien au bout des lignes.

Le lendemain, il faut traverser ce fameux Hecate Strait. Appareillage 8h15. 2 ris dans la grand-voile, 2 tours de rouleaux dans le génois. En début de matinée nous filons à 6,5 nœuds, vent de travers, force 4. Nous savons que le vent va faiblir en fin de journée, le courant est avec nous, le soleil aussi.

Conforme aux prévisions le vent nous abandonne et nous entrons au moteur dans le lagon de Queen Charlotte à 19h. Peu de fond, de la vase, nous irons reconnaître les lieux demain matin.

Queen Charlotte City, Daajing Giids, sut l’île Graham : Jolie petite station balnéaire, fleurie, proprette. Nous sommes sidérés nous voulions rencontrer des Haïdas or tout est occidental. Nous avons rempli tous les trois un questionnaire défendant la cause de la population locale, nous avons reçu notre permis de naviguer dans les eaux pour 5 jours seulement alors que nous espérions y rester 10 jours. Pas de culture indienne dans Queen Charlotte.

Pour nous rendre au musée, pas de navette, pas de bus, des vélos électriques 200 € de location pour 3 vélos, non merci. Nous remontons à bord, disons au revoir et bonne chance à Fredoya qui est venu mouiller pour régler un problème de moteur et nous dirigeons vers Skidegate.

Skidegate Indian Reserven°1. Il s’agissait d’un village haïda prospère avant l’arrivée des Européens en juillet 1787. Entre 1790 et 1820 la communauté était un centre réputé de l’exploitation de fourrure de loutre de mer. Une multitude de totems était érigée devant les maisons basses en bord de mer.  Les épidémies de variole en 1862 avaient décimé la population. La loi de 1876 avait créé des réserves, banni le potlatch et interdit les pratiques culturelles. Les enfants avaient été arrachés à leur familles et envoyés dans des pensionnats. A présent la communauté œuvre pour se réapproprier ses traditions et ses terres.

A terre, la personne qui nous accueille est descendue de sa terrasse, c’est une native, elle porte même le moko, cette signature maorie dessinée sous la lèvre inférieure. Très intéressant d’échanger avec elle. Elle nous invite à rester le lendemain pour assister à l’érection de 3 totems devant la baie où nous sommes. Le musée Skidegate Heritage Center est très beau, le travail des Haïdas très fin, c’est un régal, surtout les pièces en argilite. (Argilite : roche sédimentaire vert-noir dont la dureté rend le travail de sculpture difficile). Interdiction de prendre des photos dans le musée, dommage. Un ravitaillement au-dessus du quartier des Natives, le supermarché est bien fourni (il y a même de la pâte feuilletée) et les prix ne sont pas plus élevés qu’à Prince Rupert.

Nous appareillons pour Haans Inlet. Encore du moteur mais il nous faut hisser la grand-voile car la mer est bien agitée.  Le dîner a lieu en mer dans le cockpit, trois tentatives de mouillage, le skipper préfère aller plus loin pour ne pas subir la houle. Mais nous avons vu un ours ! Noir ici, tous les ours sont noirs sur Haïda Gwaii. Et des biches un peu plus tard.

Considéré comme la plus grande sous espèce d’ours noir en Amérique du Nord, ses mâchoires, son crâne et ses molaires sont beaucoup plus volumineux que ceux des ours du continent.  Il peut ainsi broyer facilement des carapaces de crabes, de moules et de balanes (même famille que les crabes et les crevettes). Museau beige, pelage noir et parfois une tache blanche en forme de V sur la poitrine.

Thurston Harbour. 12 mètres de fond de vase.

Des biches et des ratons laveurs.

Hutton Cove, 18 juillet, 15 heures. Après l’appareillage nous récupérons le casier directement sur la jupe, 4 beaux oursins ! Les loutres friandes d’oursins ont été réintroduites alors qu’elles avaient disparues des Haida Gwaïi.

Collison Bay, 19 juillet, midi. Dernier mouillage, derrière une île. Une tentative de pêche pour Quentin et moi après avoir immergé le casier. Bredouilles ? Non des rocks fishes, vite remis à l’eau avant que leur vessie natatoire n’explose.

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