Un chapitre spécial pour Ketchikan, ville chargée d’histoire. Son nom vient du nom tlingit « Kichx àan » (les ailes tonitruantes d’un aigle).

Ce fut le territoire traditionnel des Tlingits depuis la nuit des temps qui utilisaient la zone autour du ruisseau Ketchikan comme campement. Les saumons étaient présents en grande quantité et remontaient vers leurs lieux de naissance, période de fraie de juin à septembre.

La vie des saumons : Une vie dangereuse. Les œufs des saumons éclosent dans le gravier des rivières au printemps, lorsque les alevins ont grandi ils sont prêts pour le grand voyage. Et s’ils ne sont pas dévorés lors de leur existence, ils vont revenir 3 à 5 ans plus tard, adultes, dans le ruisseau ou la rivière où ils sont nés. Ils vont s’y reproduire, la femelle en lâchant ses œufs, le mâle en lâchant sa laitance et mourir à bout de force. Le cycle du saumon est achevé. Pour un nid de 2500 à 5000 œufs, seuls 2 à 5 saumons adultes réussissent à accomplir ce cycle.

Ketchikan first pionners. 1883. Tout d’abord un homme du nom de Snow construisit une usine de salage de saumons. Deux ans plus tard arrivèrent des entrepreneurs dans l’intention d’installer des conserveries. 1900, la ville se développe avec le début de l’activité minière de la région. On estime que les deux tiers des salaires des mineurs finissaient dans les bars et les maisons closes de Creek Street. Les prospecteurs attirés par l’or du Klondike, plus nord au Canada, empruntaient la voie maritime de Ketchikan, étape maritime obligatoire le long de l’Inside Passage.  Cette mer intérieure bordée de centaines d’îles était plus abritée et permettait aux navires de toute taille, surchargés, de se rendre le plus près possible des cols de Chilkoot (1146mètres) ou White Pass, (888mètres d’altitude). Les autorités canadiennes imposaient à chaque homme d’avoir une tonne de provisions, (soit un an de vivres) ; plus des planches de bois pour construire une barque ou leur cercueil…Avec une tonne de matériel et victuailles, il fallait 40 ascensions sur un escalier de glace pour tout apporter au sommet, la descente se faisait assis sur la partie métallique de la pelle, ce qui permettait de descendre une pente à 45° en quelques minutes (activité interdite à présent par les autorités canadiennes). Une fois les cols de la chaîne Saint Elie franchis, les prospecteurs construisaient des embarcations pour naviguer sur le fleuve Yukon, 800 km portés par le courant pour atteindre les gisements situés plus nord en territoire canadien.

Lire “Alaska” de James A. Michener.

Carte de l’accès au Klondike.

Chilkat robes : ce sont des vêtements de danses et de cérémonie sacrés. Elles sont destinées à être portées pour donner une vie au vêtement grâce aux mouvements du danseur. Elles nécessitaient parfois un an pour être tissées et étaient réservées aux chefs ou aux personnes de haut rang. Emblèmes de clans des esprits animaux, comme des baleines ou des loups. Couleurs traditionnelles noir, jaune et un ton turquoise. Chaine en fibre d’écorce de cèdre, trame en laine de poils de chèvre. Les fils étaient cuits dans des bains de teinture écorce, mousse, lichens…

Totems. Bois utilisé : cèdre rouge, cèdre jaune ou épicéa. Dessiné et sculpté d’après l’histoire du chef de clan ou d’une famille, motifs : aigle, ours, corbeau, loup, il est érigé lors d’un potlatch devant la grande maison longue. Durant des décennies ce totem subit les intempéries, les couleurs et les formes s’estompent. Il n’est pas restauré, il finit par s’affaiblir et s’effondrer. Il est laissé sur place, il nourrit la forêt et redevient terre.

Watchmen. Au sommet des totems il est courant de trouver un personnage coiffé d’un chapeau. Il s’agit d’un watchman, quelques fois plusieurs. Ce sont les gardiens symboliques de la communauté représentant les ancêtres. Leur regard est tourné vers le lointain pour prévenir d’une arrivée amie ou ennemie. Leur chapeau s’orne souvent de cercles, ces cercles représentent le nombre de potlatchs qu’ils ont offerts.

Un potlatch est une cérémonie de réception qui peut durer plusieurs jours pendant laquelle la corporation offre des banquets aux autres tribus et peut se ruiner en cadeaux, victuailles, couvertures tissées… Il n’y a pas eu d’interdiction fédérale d’organiser des potlatchs, contrairement au Canada, mais les peuples autochtones ont subi une forte pression pour abandonner leurs coutumes traditionnelles par l’intermédiaire des agents du Bureau des Affaires Indiennes et des missionnaires.

Colonisation de la ville et de la région. Repoussés par un flot de colons toujours plus important, « terra nullius », dépossédés de leur territoire les Indiens s’implantent à Saxman, 5 km plus au sud.

Porte d’entrée (ou de sortie) pour les voyageurs. Située sur la côte ouest l’île de Revillagigedo, elle fut officiellement fondée en 1900 avec l’afflux des chercheurs d’or venus tenter leur chance plus nord. La côte ouest de l’Alaska devint une voie de passage pour rejoindre au prix de grandes difficultés le Klondike, situé lui au Canada. A l’époque l’industrie du bois bat son plein, scieries, usine de pâte à papier. Pêcheurs, mineurs et bûcherons débarquent à Ketchikan. Une grande partie de la ville était bâtie sur pilotis et planchers en bois.  Deux lois votées en 1917 et 1920 interdisent la vente d’alcool. C’est le début de la contrebande.

Le pittoresque de la ville. L’ancien Quartier Rouge : de 1903 à 1954 Creek Street était le quartier rouge de la ville né d’un arrêté municipal qui avait banni les bordels du centre. Dolly’s house museum transformée en musée, la maison la plus célèbre de la rue.

Les dames de petite vertu accueillaient à bras ouverts …

Pendant la prohibition les contrebandiers utilisaient des barques qui se faufilaient à marée haute pour livrer de l’alcool clandestin directement par des trappes secrètes sous les maisons.

Married man’s way un sentier de randonnée boisé qui grimpe dans la colline derrière la rue, autrefois emprunté par les clients pressés pour fuir les raids policiers.

En 1953, les maisons sont fermées sur ordre du gouvernement. Elles sont actuellement transformées en boutiques et galeries d’art pour touristes, du bel artisanat y est exposé.

4 à 6 paquebots y font escale quotidiennement en saison, le périple des touristes débute ici direction Juneau, Skagway, des noms qui évoquent la ruée vers l’or.

Ile de Revillagigedo. L’île a été visitée par des explorateurs russes, britanniques et espagnols au cours du XVIIIème siècle. Elle a été nommée par ces derniers en l’honneur de Juan Vincente de Guemes Padilla Horcasitas y Aguayo, 2ème comte de Revillagigedo, alors vice-roi du Mexique en 1793. Les ressources de l’île sont la pêche, les conserveries, l’exploitation forestière et le tourisme.

Ketchikan : Actuellement 8000 habitants mais en incluant la zone environnante la population totale passe à 14000 résidents. « La capitale mondiale de la pluie », la ville enregistre près de 3,5 à 4 mètres de précipitations par an (1,25m à Brest en 2025). En 2017, nous étions restés coincés une semaine dans la marina pour cause de vent fort contraire et il avait plu des cordes (« cats and dogs » en anglais) durant tout notre séjour à tel point que nous prenions le bus en cirés complets pour nous rendre à la bibliothèque pour profiter d’un réseau internet.

Nous y sommes pour quelques jours, et attendons le 04 juillet ‘Independence Day’. Notre « cruising permit » ne nous permet pas de rester plus longtemps que le 5 à minuit et nous quittons Ketchikan et l’Alaska à regret.

Foggy bay, 36heures, pour attendre une météo plus clémente. Nous y retrouvons notre voisin de ponton mais la pluie et le froid ne nous incite pas à sortir du bateau. 

Le coup de vent passe et nous appareillons à 5heures du matin pour franchir la frontière

et faire notre entrée à Prince Rupert.

Le soleil est de la partie, les monts alaskans s’estompent derrière nous.

Nous retrouvons le chenalage dans le passage Venn, verdure, grèves dorées, épicéas, tiens quelques maisons !

17h à quai. Formalités vite expédiées par téléphone avec la douane, nous décidons d’aller mouiller en face de la ville.

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