Avant de quitter Sitka, nous souhaitions revoir la ville et tant pis si elle était envahie de touristes débarqués des paquebots.

La Russian Bishop House, autrefois l’orphelinat de la mission russe, était la demeure du premier évêque de l’Alaska,1840, futur Saint Innocent d’Alaska. Murs en bois, tapissés de papiers peints réimprimés (fabrication française) pour rester fidèle à la décoration de l’époque. Meubles russes expédiés directement de Saint-Pétersbourg, vaisselle en porcelaine, samovar et tableau du Tsar Nicolas 1er trônant dans le salon. Le faste de la maison reflète le statut de noblesse accordé aux évêques dans l’Empire russe.
La peau de loutre, je vous le rappelle, fut à l’origine de rivalités entre nations, une fourrure imperméable qui apportait une chaleur incomparable. 130 000 poils par cm2 répartis sur deux épaisseurs.
La brique de thé pèse 1,115kg, ce format existe depuis les empereurs de Chine des premières dynasties, ce qui facilitait le stockage et le transport.
La Cathédrale Saint Michaël, très émouvante, de proportions raisonnables et couverte d’icônes, tableaux, pièces liturgiques ayant appartenu à l’Évêque. Les Six Saints de Sitka : Saint Innocent (Veniaminov), Saint Herman d’Alaska, Saint Jacques (Yakov) Netsvetov, Saint Séraphin d’Ouglitch, Saint Sebastien Dabovitch. Ils ont joué un rôle fondateur dans la création d’un modèle missionnaire unique en Alaska. Ils ont partagé une vision commune : protéger, respecter et intégrer les cultures autochtones.


Le musée Sheldon Jackson. (1834-1909) Un homme obstiné, têtu. Presbytérien, missionnaire et leader politique. Une vie extraordinaire : 1,6 millions de km parcourus. Il établit plus d’une centaine d’églises et missions dans l’ouest des Etats Unis, au Colorado et en Alaska. Son « fan club » était établi à San Francisco : des femmes pratiquantes qui manifestaient pour ses idées dès que le gouvernement s’opposait à ses projets. En 1867, il était aux côtés du sénateur Seward pour négocier l’achat de l’Alaska aux Russes. Grâce à lui de nombreuses écoles furent fondées en Alaska et des centres communaux. Bien qu’il interdise les langues des autochtones, espérant une meilleure cohésion entre les peuples, il tenta de sauver leur culture en collectionnant de nombreux artefacts.
6 juin, D Day. Animations dans la rue principale de Sitka. Cirque, danses, artisanat.


18 juin, jour férié. Célébration culturelle du « Juneteenth National Independence Day Act », commémoration de l’émancipation des derniers esclaves afro-américains au Texas. Le président Joe Biden a décidé de marquer cette date en 2021 et 33 Etats l’ont adopté.



Et atelier pour nous pour terminer notre gros projet. Nous sommes prêts mi-juin mais attendons Frances qui rentre d’une navigation jusqu’à Icy-Bay et Yakutat. Icy-Bay où elle a dû batailler 6 heures pour se dégager de la glace qui envahissait le mouillage.
Pendant son absence j’avance un des 3 abat-jours prévus pour le salon de la maison.



Nous passons Manevaï sur le « grill » de carénage. La proue est bien barbue et la coque recouverte de petits coquillages blancs. Avant la marée basse Eric passe un spray d’eau de javel et notre travail de grattage en est facilité. (Merci Apple et David pour l’astuce). Le maître de port passe nous voir et s’étonne que nous connaissions l’heure exacte à laquelle nous espérons décoller de là. Ici les pêcheurs marchent au feeling, « grosso modo la marée sera haute à telle heure » et nous nous attendions que le gros (qui nous avait gênés lorsque nous nous étions faufilés jusqu’à la place libre) sorte du gril. Nous sommes revenus vers Thimblelberry bay plus légers et plus rapides.



Les meilleures choses ayant une fin, il a fallu quitter Thimbleberry Bay et dire au revoir à nos amis et à la chienne. La veille nous avions encore partagé une tarte aux pommes à bord et Frances était restée plus longtemps bavarder avec nous. Nous ne désespérons pas de nous revoir. Peut-être à Kechikan, peut-être en Europe ?
19 juin. 9h30 appareillage, merci à Emmy qui nous a offert un pot de salicorne juste avant le départ.
Au départ nous avons cherché le vent mais au bout d’une heure après avoir emprunté le si joli passage du Sitka Sound nous en avions un peu trop. Deux ris dans la grand-voile et génois roulé au 1/3. Le vent arrière nous a emmenés jusqu’au mouillage prévu, Sandy Bay. Mouillage pour 2 nuits car dehors ça « piaule ». Le bonheur au mouillage est de profiter du silence, d’observer la nature mais aussi de dessaler Manevaï, intérieur et extérieur. Il faut aussi faire les réparations d’urgence, un œillet de la grand-voile qui a lâché hier, un gousset de latte percé…
Retour en mer où un vent de 30 nœuds nous attendait à Decision Cape. Nous avons terminé notre navigation de la journée sous trinquette et deux ris dans la grand-voile pour remonter Afflek Canal et trouver un mouillage.
Le lendemain nous nous méfions car nous avions un autre cap à passer mais la navigation fut calme, 5 baleines aperçues, au souffle très sonore. Et une loutre amusante qui a fait la course avec nous par trois fois.
Après avoir perdu une canne à pêche et son moulinet, (l’ensemble pris par un morceau de bois ou une algue de fond) et péché à la traîne un rockfish, nous embouquons un passage bien hydrographié celui-là, contrairement à celui de la première soirée. Et nous restons 2 nuits derrière Divide Island, Prince of Wales. Un peu de couture pour améliorer le dodger. Et de la cuisine pour moi, 2 pains et un gâteau aux pommes. Il fait un temps extraordinaire et même chaud ce qui nous permet de déjeuner pour la première fois dehors.
Puis route vers Pointe Baker (sur Prince of Wales) grand beau temps et courte navigation. Nous avons envie de découvrir cette petite communauté de 14 personnes, l’hiver. Juste à temps pour prendre la dernière place au ponton devant la Fire station et de la Poste qui sont toujours activées. En face du ponton de l’autre côté de la rivière se trouve un lodge qui loue des barcasses pour emmener les touristes à la pêche. Nous voyons revenir des saumons et des Halibuts ! Mais que vont-ils faire avec tous ces poissons ? Et nous qui n’avons toujours rien attrapé à part un rock fish. Juste avant de larguer les amarres, le lendemain matin nous passons faire la connaissance de la postière. Adorable. Originaires de l’Indiana, depuis deux ans à Point Baker, son mari et elle construisent leur maison, ils ont une petite puce d’un an. Ils ont choisi cette vie loin de la ville, au calme dans une communauté où l’entraide est un moteur. Je retourne à bord et lui offre une grosse part de gâteau aux pommes et de la confiture de rhubarbe « made on board » grâce à Annie à Sitka. Dommage que nous ne l’ayons pas rencontrée la veille, nous aurions eu plus de temps pour échanger. Mais elle était tout émue que nous lui offrions des petites choses. Rencontre qui illumine notre journée et la sienne aussi.



Le nom de pointe Baker vient de George Vancouver, d’après le nom de son second lieutenant à bord, en 1792. C’était un lieu de pêche entre 1911 et 1930 puis une communauté s’est établie, un magasin a ouvert en 1941et la poste l’année suivante.
Accessible seulement pas hydravion ou hélicoptère depuis Ketchikan et bien sûr par bateau. Pas de route, pas d’école, pas de médecin, plus de magasin, plus de saloon ( dommage)…



Vers 10 h 30, nous quittons sous un petit crachin notre abri pour tenter le halibut. Mais au bout d’une heure nous renonçons à notre pêche que nous espérions miraculeuse, direction Totem bay. Le vent d’est est quasiment inexistant et nous devrions pouvoir mouiller là-bas.
Soudain une alarme retentit, un voyant rouge, on arrête le moteur tout de suite, Eric ouvre le panneau de la descente, trouve tout de suite le fautif : l’alternateur.
On borde les voiles et doucement grâce au peu de vent qui souffle dans le Strait, nous essayons de rejoindre la côte au nord. Mais les fonds qui devraient être de 10 mètres affichent plus de 40 mètres, c’est quoi cette hydrographie ?
Il y a un courant qui nous déporte vers l’ouest et nous nous voulons gagner dans le NE pour trouver un fond de 10 /15 mètres. Sous Yellow Islands enfin le sondeur affiche 16 m et sur la carte il est écrit « vase ». Ok au signal j’enroule le génois, notre vitesse est bien réduite, Eric affale la grand-voile puis fait descendre l’ancre sur 30m de chaîne. Après la pause déjeuner et le café le mécanicien en chef se penche sur le moteur qui a refroidi entre temps. La poulie du vilebrequin s’est dévissée et bien sûr la clavette de maintien est au fond, perdue dans l’huile sale. Il y a 3 ans à Scarborough en Australie nous avions déjà connu la même mésaventure. 3 heures plus tard… Hourrah ! Réparation effectuée. Nous levons l’ancre pour Totem Bay. Mon tricot a bien avancé.
Une grande baie assez bien abritée sauf des vents du sud où nous espérons admirer les Totems naturels. Au réveil c’est le moteur de l’annexe qui refuse de nous propulser vers la plage, on n’y comprend rien, il a très bien fonctionné il y a quelques jours. Je retourne à mon tricot.
Totem Bay, Kupreanof Island. Complexe de terres volcaniques érodées et de formations sédimentaires d’origine glaciaire… L’île Kupreanof abrite le volcan du même nom considéré comme un strato-volcan en sommeil.
Démontage pour Eric du carburateur et remontage après nettoyage. Un petit tour sur la grève et appareillage vars 17 heures pour traverser le Sumner Strait et mouiller dans Salmon River. Non finalement ce sera Exchange River. Un temps de rêve, Manevaï glisse sur l’eau par vent de travers 12 à 17 nœuds. Un paquebot dévie légèrement sa route pour nous. 21 heures nous sommes mouillés, le dîner est à réchauffer. Une nuit calme en perspective.
Tiens, il y a une route ici, nous savons que des 4×4 s’amusent de temps en temps à la vitesse.
Encore un rockfish au réveil remis à l’eau et le casier à crabes posé la veille est remonté vide.
Deuxième réveil dans Exchange Bay, une biche sur le rivage.
Nous bénéficions depuis notre départ de Sitka d’une météo extraordinaire. Le petit crachin de Pointe Baker n’a pas duré longtemps mais nous connaissons les prévisions pour les jours prochains et pour l’Independence Day à Ketchikan il va pleuvoir.
Appareillage 14h et courant contraire, près serré ou largue, le vent passe de 5 nœuds à 18, ce qui est un peu trop fort pour notre code zéro. Soleil, 3 paquebots quittent Ketchikan et remontent vers le nord.
Arrivée à Thorne marina à 22heures, il fait encore jour. Une baleine nous accueille avant le chenalage dans la ria, balisé vert à bâbord, rouge à tribord, (système américain). Choisir une place, pare-battages des 2 côtés, aussières parées. Personne sur le ponton. Dodo.
Au matin nous assistons à l’envol d’un float-plane, au déplacement d’une boat house. Sous un petit crachin nous quittons cet abri après avoir réglé notre dû par internet, pour la nuit au ponton. En route vers Ketchikan. Snow Dragon y arrive 30 mn avant nous et Frances est sur le ponton pour prendre nos aussières. Sympa de se retrouver.
Avec l’aide de Wikipédia.
A très bientôt à Ketchikan, porte de sortie de l’Alaska. Bel été à tous.
Nous suivons depuis 4 semaines les difficultés de 8 voiliers partis du Japon pour rallier les Aléoutiennes. Trois d’entre eux ont été interpellés par la marine russe pour être entrés sur le territoire, en ayant approché d’un peu trop près un caillou russe.
Plus tard 7 d’entre eux, dont les 3 en question, ont demandé asile aux Russes pour s’abriter derrière Paramushir. Une grosse dépression leur arrivant dessus. Un skipper et ses 2 membres d’équipage ont dû abandonner leur trimaran pour cause de safran cassé, irréparable avec les moyens du bord. Horrible situation à vivre. Actuellement les voiliers ont repris la mer, certains sont arrivés au mouillage de Gertrude Cove et le skipper du trimaran se démène pour revenir à bord de son voilier avec du matériel pour réparer.
