Les Gambier.

L’Archipel des Gambier se situe à 900 nautiques au sud-est de Tahiti. Il est composé des îles Gambier, des îles du groupe Acteon, des atolls de Marutea Sud, Maria Est et Morane. Dans le même lagon celui qui nous intéresse se trouvent Mangareva, Aukena, Akamaru, Makaroa, Angakauitai, Taravai, Temoe et l’îlot corallien de Totegegie sur lequel est installé l’aéroport.

Peuplés a priori vers 1200 les Polynésiens venaient des Marquises vu la similitude de l’outillage et du travail de la nacre. Les îles furent découvertes par le Capitaine Wilson en 1797 qui leur donna le nom de l’amiral Gambier qui parrainait l’expédition du Duff, d’où l’appellation du pic de 441m d’altitude : le mont Duff.

Dès 1834 un évêque et huit prêtres s’installèrent à Mangareva et convertirent en 3 ans la population. Jusqu’en 1871 les missionnaires catholiques établirent une « théocratie » avec un code dit Code mangarevien inspiré des 10 commandements et du code Napoléon : pureté des mœurs, port de vêtements européens, apprentissage à la filature, maçonnerie, charpenterie, construction de chaussées empierrées, forages de puits. Dumont d’Urville qui séjourna à Mangareva du 3 au 15 août 1838, y trouva une mission prospère où tout le monde assiste à la messe et où les mœurs se sont transformés.

Le père Laval vit sa « théocratie » tomber en disgrâce en 1871, accusé de despotisme puis totalement blanchi, il fut déplacé à Tahiti. Les Gambier furent annexés à la France en 1870.

En 1831, le nombre de Mangareviens était de 4000 personnes. En 1841, 2000. En 1900, 500 personnes furent recensées et en 1988, 650 étaient établies dans l’archipel. En 2017 ont été recensées 1592 personnes.

Lors des essais nucléaires de nombreux navires de guerre relâchèrent dans le lagon. Des photos de visites d’officiers, photos exposées dans la mairie, en témoignent.

Actuellement les habitants vivent du maraîchage, de l’apiculture et surtout de la perliculture.

Quelques îles montagneuses dans un immense lagon. Une entrée majestueuse entre « deux montagnes », seulement 440m de sommets mais ici ça semble haut. Des sapins, des falcatas, des aïtos, des cocotiers en frange littorale et un parfum de terre humide.

Le paysage est un mélange des Marquises et des Tuamotu. C’est une symphonie de verts sur les pentes des collines et de turquoise virant au brun au-dessus du corail. Nous entrons dans un immense volcan ou du moins ce qu’il en reste.

Je vous explique : Les îles de la Polynésie française ne sont que les sommets émergés des volcans placés sur une ligne sud-est nord-ouest. Les îles hautes comme les Marquises sont d’anciens volcans refroidis. La chambre magmatique située sous le cratère s’est vidée et ne peut supporter le poids de l’île. Donc le volcan s’enfonce petit à petit dans l’océan. Au début du refroidissement du volcan des algues calcaires commencent à en coloniser les pentes sous-marines éclairées et ce sont elles qui vont participer à la construction du récif. Donc aux Gambier les volcans éteints s’enfoncent très lentement sous le niveau de la mer et l’archipel entier est enfermé dans une ceinture de corail. Dans quelques centaines de milliers d’années  le paysage des Marquises sera celui des Gambier et les Gambier auront le même relief que les Tuamotu.

Un dédale de balises vertes et rouges pour arriver jusqu’à Rikitea, capitale de Mangareva. 20 voiliers au mouillage. Appel d’air et Arthi encore là. Quelques poti mararas qui font la navette entre les fermes et le rivage.
Une rue principale en bordure de lagon qui mène du générateur à la cathédrale. Rue colorée de crotons, hibiscus, bougainvillées. Quelques jardins bien fermés avec portail coulissant. Un collège privé avec internat. Une cathédrale, la première cathédrale de Polynésie, à la nef immense. Un poste de gendarmerie (et un poste de police municipale) où nous irons déposer nos procurations pour les Européennes.

Une mairie conséquente et une petite agence Air Tahiti, petite petite l’agence. Un aéroport sur un autre motu avec navette maritime.

Le personnel d’Air Tahiti se rend à l’aéroport de Totegegie.

3 magasins. Deux pizzerias ouvertes le week-end. Deux snacks chez l’habitant. Pas de distributeur de billets sur les Gambier.

Le ravitailleur Taporo VIII est à quai, il y aura du frais dans les magasins.

Le premier matin nous nous sommes levés aux aurores pour, avant le petit déjeuner, faire des courses. Nous avons trouvé des carottes, des pommes de terre, de l’ail, des oignons, des oranges et c’est tout pour le frais. Nous trouverons deux jours plus tard des aubergines, cultivées pour les voiliers mais non dégustées localement et des œufs, ici c’est par plaque de 30 qu’il faut les acheter. Nous avons repris de la farine un peu plus chère qu’à Carrefour Tahiti. Et un peu de viande, lardons et morceaux de poulet que je vais concocter grâce aux épices guyanaises. Les deux congelés donc à cuisiner rapidement. Tout arrive surgelé ou en chambre froide même ce qui pourrait être conservé à l’air.

Autre goélette ravitailleuse. Le Nukuhau surnommé par Eric le Karaboudjan.

Ici on dit « magasin » jamais « épicerie ».

La population est très friande de chips et de sachets de pistaches, les embonpoints s’en ressentent.

Arthi nous a donné les tracks de navigation dans l’archipel. Eux ont un peu attendu de pouvoir acheter 60 litres d’essence pour le hors-bord. Mais ici c’est par fûts de 200 litres que s’achète l’essence.
Et « L’îled’Elle » rencontré en Alaska il y a deux ans est aussi ici. Ça c’est super de se retrouver.

Quelques figures atypiques ici, d’anciens légionnaires : le Français passionné de culture locale, l’Allemand qui lave notre linge et refait les deux guerres face à un auditoire complaisant. Un ancien quartier maître-alsacien embarqué un temps sur l’Alsacien qui fait des brioches délicieuses et quelques personnes sur les îles alentours aussi accueillantes et souriantes. Le tutoiement n’est pas aussi usité qu’à Tahiti .

Nous allons essayer de nous mettre à la couture. Ce n’est pas l’envie qui nous en manque mais l’espace…
Un peu d’air frais dans le bateau, ouf !

Aukena. Quelques jours plus tard…

Nous avons quitté Rikitea après 3 nuits au mouillage. Le vent se levait nous n’étions plus très abrités et nous sommes allés en face à Aukena. Mais la route est semée d’embûches : reprendre en sens inverse les balises de chenal, longer la passe et le banc de sable et se méfier des poïtos qui marquent les ombrières de nacres. Certains sont bien visibles, d’autres flottent entre deux eaux. Déjà quelques voiliers devant la belle plage, nous restons en retrait.

L’eau est turquoise autour de nous, le sable bien clair, seuls les cocotiers font grise mine, nous apprendrons qu’ici aux Gambier ils sont malades, attaqués par une bestiole. Le remède est peut-être trouvé, introduire un insecte qui devrait tuer les bébêtes, remède en cours d’expérimentation.

Devant la ferme perlière de M. Wan des Nasons très nombreux nagent au dessus du platier.

Notre météorologue poétise…

« Météo Tuamotu Gambier le 08 mars : De samedi à lundi un voile d’altitude vient parfois tamiser le bleu du ciel sur le centre des Tuamotu, rythmé également par le passage de nuages au-dessus des atolls.

Météo Tuamotu Gambier le 09 mars : Les nuages s’invitent sur les régions NW et le centre. Un voile de cirrus est également de la partie, de rares averses se déclenchent  de temps à autre du Nord à l’Est des Tuamotu aux Gambier. Le soleil sera de sortie de dimanche à lundi ».

Taravai. Côté Ouest.

Nous sommes chez Denise et Edouard.

Oui, Edouard nous n’aurions pas dû tenter le mud trail en claquettes. Nous avions envie d’aller au village et Tao nous a indiqué où démarrait ce fameux chemin. Nos semelles vite chargées de gadoue, j’adoptais l’habitude locale de marcher pieds nus. Eric ouvrant le chemin et les toiles d’araignées fit la même chose jusqu’à sa rencontre avec un  cent pied. Très vite nos pieds retrouvèrent les savates. Ce sentier a laissé de nombreux souvenirs à beaucoup d’intrépides explorateurs adultes ou enfants piqués par les guêpes. Pour nous ce furent de belles glissades, de belles chutes et une morsure de chenille sur le pied.

Marcel au débouché du sentier nous accueillit tout boueux que nous étions, lui de même d’ailleurs ouvrant les cocos pour ses cochons. Nous ne pouvions repartir les mains vides lors de cette balade et il nous a chargé de pamplemousses et citrons si parfumés avec ordre de venir se servir chez lui, même en son absence. Enfin  le village, quoi même pas un café? Moi qui rêvais d’un coca frais, quelle idée d’entreprendre cette traversière entre midi et deux   » si j’aurais su j’aurais pas venu ».

Edouard a travaillé à Mururoa pendant plusieurs années. Nous ne les dérangeons pas avant 16 heures, nous adorons bavarder avec eux, du bon sens, rien que du bon sens. 7 enfants et tous ont un travail. Ici c’est tellement difficile d’en trouver et de le garder que nous sentons Denise sereine pour l’avenir. Elle cultive le jardin dont Edouard a préparé la terre. Elle confectionne des colliers de coquillages qu’Edouard a coupé en lamelles puis lustré.  Grâce à eux nous avons pu commencer nos travaux de couture et nous leur faisons admirer notre lazy bag terminé.

Taravai, c’est aussi Valérie, Hervé et Ariki leur bonhomme de 7 ans. Côté Est. Un pique-nique organisé tous les dimanches pour ceux qui veulent venir avec un plat à partager. Hervé a travaillé dans la perle avant de défricher son terrain. Valérie est artiste et fait des tableaux de sable sur commande, portraits ou compositions polynésiennes, splendides. Là aussi nous achetons nos légumes et nos fruits.

Couture. Grâce à Edouard qui a tondu sa pelouse et disposé une toile au sol nous avons pu commencer les découpes de notre nouveau bimini, avec Roxy le petit chien.

Premiers essais, il faut s’apprivoiser mutuellement.

Taravai. Côté ouest pour nous abriter d’un fort vent d’est. Anganui est une large baie où nous passons 24 heures secoués par des williwaw.  Un peu plus au nord dans la même baie Adagio lui ne bouge pas, à préciser dans les instructions nautiques.

Nous changeons de baie pour nous retrouver dans Onemea. Quel calme. 4 voiliers déjà, tous de langue anglaise et sympas. Kristy et Jon de Caesura nous accueillent en annexe avec des cookies et un petit régime de bananes. Une english fire beach party est décidée et nous faisons connaissance de nos voisins. Un seul équipage manque à l’appel, le chien Quinn est malade et April et Kain ne veulent pas le laisser seul.

Au départ de Pitufa nous nous glissons dans la baie pour y être plus au calme.

Les bananes sont dessinées, elles peuvent être dégustées, merci Kristy.

Au mouillage à Totegegie, en face de l’aéroport. Arthi et L’Iled’Elle viennent y attendre leurs passagers qu’ils iront chercher en annexe.

A la ferme perlière d’Eric Sichoix. Les perles sont nettoyées dans un genre de baratte à l’eau minérale additionnée d’un produit gardé secret du maître des lieux.

http://sailwx.info/shiptrack/shipposition.phtml?call=BARFR04