BBC : Beautiful British Columbia.

Port Hardy.

 Après 36h de mer nous touchons terre et atteignons la côte nord de l’île de Vancouver. 

 Alarme ! Plus de moteur. La poulie s’est à nouveau désolidarisée du vilebrequin. Bien sûr avant d’arriver dans un détroit et dans le brouillard !

Nous avons donc traversé le Queen Charlotte Strait sans aucune visibilité, nous entendions les moteurs des embarcations qui nous croisaient ou nous dépassaient, le radar bien sûr était en fonction. Puis ce fut le grand soleil, deux orques ont trainé quelques minutes dans la baie, malheureusement trop éloignées pour des photos.

Le vent est revenu et nous avons réussi à nous rendre dans un mouillage juste en face du « Carrot Park », aidés sur les derniers mètres de l’annexe pilotée par Quentin.

Eric a passé plus de deux heures pour tenter une réparation, Quentin avec patience et obstination essayait de pêcher un saumon, petits et grands sautaient autour de nous. En fait nous avons appris après que c’était des Eulakanes.

L’Eulakane : Aussi appelé poisson chandelle, il est possible d’utiliser ce poisson séché comme chandelle tant il est gras. La graisse du poisson jouait un rôle très important dans la vie des Premières Nations de la région, outre son rôle d’aliment, elle était utilisée pour la conservation des fruits, la confection de baumes médicaux ou encore pour la lubrification des outils.

22 juillet au matin, Eric se remet au moteur, il pense avoir trouvé une solution. Un bricolage pour la dernière semaine et les derniers 100 nautiques jusqu’à Campbell River où devrait être livré le nouveau moteur. Quentin démarre et après un hoquet le moteur s’arrête, plus de batterie, elle semble vide. Le fusible a grillé ! Le mécano shunte la batterie et direction la marina.

A Port Hardy, il y a deux marinas et nous espérons trouver une place dans la moins chère, rapport de prix de 1 à 2,5. Mais c‘est premier arrivé premier servi. Il fait très beau, nous entrons dans le bassin, heureusement aucun hydravion en vue. Une place nous tend les bras derrière un bateau de pêche. Deux nuits confortables, il faut toujours marcher pour se rendre en ville, où rien n’a changé.

Mais c’est en taxi que nous allons le 23 au soir au restaurant « le 19 Deep » pour fêter l’anniversaire du skipper, la serveuse nous parle en français, nous explique les plats et les vins. Le vin rouge choisi vient de la vallée de l’Okanagan au cœur d’une région semi désertique. Très agréable moment et menu délicieux.

Dessert à bord. Un cadeau très original : Une canne à pêche que nous espérons étrenner dans les jours suivants.

La ville doit son nom à Thomas Masterman Hardy qui était capitaine du Victory lors de la bataille de Trafalgar, 1805. Centre d’industrie minière et d’exploitation forestière ainsi qu’un port de pêche. 4100 habitants actuellement.

Histoire de la carotte. (Je vous l’ai déjà racontée en 2017). Les habitants de cette ville se sentaient isolés, depuis 1897 le gouvernement provincial promettait une route pour désenclaver le nord de l’île. Pour se déplacer les locaux pendant des décennies n’avaient comme options que l’avion, le ferry ou des pistes de terre sinueuses et dangereuses réservées aux camions de l’industrie forestière. Une résidente avait publiquement déclaré que les promesses du gouvernement étaient comme une carotte que l’on agite juste hors de portée. En 1970 débuta « la carrot campaign » avec marches de protestation, tournois de golf dans les nids de poule de la vilaine route…avec le slogan « do you carrot all ?», (do you care at all ?) Enfin en 1979 la portion finale de la route 19 fut entièrement asphaltée de Nanaimo à Port Hardy. 

Appareillage le 24 juillet, il fait gris mais nous avons une idée en tête : pêche à Duval Point…une dizaine de bateaux sont sur zone et enfin 2 saumons coup sur coup !!! Les pêcheurs sont heureux.

La veille Bruce notre voisin de ponton avec qui Quentin avait sympathisé nous avait donné un filet et ce cadeau nous a porté chance. Avant de quitter le ponton nous lui avions laissé une part du gâteau d’anniversaire cachée dans sa glacière.

La brume se dépose sur la côte nord, viendra-t-elle jusqu’à nous ?

Le soleil est revenu mais il fait frais. Nous chenalons parmi les îles et dans les canaux, c’est un retour à la civilisation. Quelques voiliers ont choisi les mêmes destinations, des embarcations de pêche fortement motorisées nous croisent. Nous sommes tributaires du courant, Eric calcule notre heure d’appareillage en fonction de la route à parcourir. 

 

24 juillet au soir Blunden Harbour, au nord de Robinson Island.  Pahas 3 est le nom de la réserve indienne. Zut un voilier déjà au mouillage convoité juste devant le territoire des Indiens, nous restons donc plus près de l’entrée.

Une jolie balade en annexe jusqu’au lac, un phoque traverse le petit chenal. Nous pensions manquer de fond mais nous passons sans problème, le lac est immense, aucune vie humaine sur les rives.  

Pahas Indian Reserve 3. (40 ha). C’était le berceau ancestral des Premières Nations Nak’waxda’xw. En 1964, le gouvernement canadien força la communauté vivant à Blunden Harbour de déménager à Port Hardy. Pour s’assurer que les résidents ne reviendraient pas sur les lieux, le village fut entièrement brûlé juste avant leur départ. La population vit à présent à Tsulquate, une réserve située à côté de Port Hardy. Actuellement les membres de la Nation patrouillent sur leurs terres et surveillent le territoire, les eaux et les sites culturels qui leur appartiennent toujours, pour affirmer leur souveraineté territoriale et protéger l’environnement. En 1930, l’artiste Emily Carr avait voulu retracer une partie de l’héritage en peignant le village, les mâts totémiques et les maisons, il n’était pas question de destruction à l’époque. Son tableau demeure l’un des principaux témoignages permettant au public d’accéder au souvenir de cette communauté ancestrale disparue.

25 juillet arrivée à Alert Bay, sur Cormorant Island. Berceau de la Première Nation ‘ Namgis des Kwakwaka’wakw’, réputée pour sa culture autochtone entre autres le cimetière aux totems ‘Namgis Original Burial Grounds’, la Grande Maison traditionnelle et son mât totémique le plus haut du monde… Peut-être quelques constructions en plus le long du rivage depuis notre venue il y a 9 ans mais nous reconnaissons bien les lieux. Une ou deux agences d’excursions pour admirer les baleines, ou pour pêcher.

26 juillet : La journée commence par une nouvelle séance de pêche, au milieu d’une trentaine d’embarcations diverses dans deux bons nœuds de courant. Peu après deux ( presque trois !) saumons sont à bord. Ils finiront en conserve, première tentative de la cuisinière du bord.

Mouillage pour la nuit à Alder Island. Carey Group. (Parc marin de l’archipel de Broughton). Nommé en l’honneur de Charles James Carey,(1838-1891, premier lieutenant à bord du navire HMS Clio de la Royal Navy. Le Carey group est une destination de choix pour les adeptes du kayak de mer. Aigles à tête blanche, marsouins, loutres et parfois baleines.

27juillet 22h30. Gilford Island. Habitée depuis des millénaires par les Kwakwaka’wakw. Elle abrite la principale communauté le village de Gwa-Yas-dums et le centre côtier d’Echo. Un ours noir sur le rivage, Eric lance le drone qui ne dérange pas l’animal. La vision d’un ours noir n’est pas particulièrement bonne, en revanche son ouïe et son odorat sont très développés. Il est plus petit que le Grizzli et ne possède pas de bosses entre les épaules.

Après Gilford Island nous admirons les évolutions de 2 ou 3 baleines à bosse. Ces mammifères parcourent des milliers de kilomètres chaque année entre leurs zones de nourrissage polaires et leurs zones de reproduction tropicales (Hawaï ou Mexique). Le poids des femelles peut atteindre 40 tonnes, le baleineau à sa naissance pèse déjà 1 tonne et mesure entre 4 et 5 mètres. Il va boire 200 litres de lait par jour et prendre 45 kg quotidiennement durant ses premiers mois.

28 juillet. Echo Bay. Deux marinas dans une toute petite baie, l’une à gauche nous semble privée, l’autre plutôt publique. Resterons-nous ? Eric se renseigne chez le Harbour master et règle les frais de ponton de suite, donc on reste. La marina a été vendue en juin 2020 à la Première Nation Kwikwasut’inuxw Haxwa’mis et rebaptisée sous son nom d’origine autochtone Kwaxwalawadi. Nous rendons visite à l’artiste Yvonne Maximchuk dans son SeaRose studio sous la maison. Peintre, céramiste, écrivain… Nous échangeons technique, écriture, température de four de cuisson, elle nous fait admirer ses illustrations, ses aquarelles, ses poteries. Le musée de Billy Proctor est fermé.

Nous retraversons la baie pour admirer les 3 bateaux intéressants amarrés en face et faisons la connaissance des personnes qui possèdent maison flottante et bateaux. Deux voiliers et un moteur. Slim le propriétaire de DeerLeap nous offre du saumon en sashimi pêché deux heures avant accompagné de soja et wasabi.

Karen nous fait visiter sa petite maison, ravissante. Que demander de plus? une maison flottante, un voilier.

Le lendemain appareillage prévu à 7 h, oui mais où est Quentin ? 7h01 il arrive, depuis 2 heures il prenait un café sur le ponton, au calme, songeur devant le petit bijou qu’est cet abri. La lumière est magnifique. Il fait frais mais le soleil est là. Les nuages s’accrochent sur les collines. L’eau autour de nous est un miroir. Quelle belle escale !

29/30 juillet Glendale Cove. Des Grizzlis, des crabes et des hommes. Deux nuits pour profiter du coin. Le crachin est omniprésent mais n’entame pas notre enthousiasme. Un lodge est installé en face du mouillage, avec interdiction d’y mettre les pieds, dommage je voulais acheter du pain. Les touristes arrivent et repartent en float-plane ou par les embarcations du lodge, la route s’arrêtant en face de l’autre côté de la baie.

Nous sommes ici pour découvrir les Grizzlis… de loin. Il n’y a qu’à suivre les embarcations de touristes et faire comme eux, rester à 50 m du rivage et pointer des jumelles ou un zoom. Une mère et son petit se nourrissent en soulevant des pierres sur la grève.

Au matin ce sont des oies sauvages qui ont envahi une des plages, breakfast time. Une biche captée par Quentin qui est un lève-tôt.  Il en profite aussi pour relever le casier à crabes. Il le trouve bien lourd : dix crabes (au-dessus de la taille légale et une roussette). Qui a découvert ce que l’expression “tomber dans un panier de crabes” veut dire : boulottée par ses voisins de casier ? Trois crabes sont mangés le soir même, les autres sont transformés en rillettes pour l’apéritif, travail fastidieux effectué en navigation le lendemain mais les résultats nous conviennent.

31 juillet. 22h. Matilpi. Au matin nous chenalons dans le Hayannah Channel puis Johnstone Strait. Le courant n’est pas vraiment établi. Une pointe à 11 nœuds nous amuse. Deux paquebots nous dépassent, ils passeront devant Campbell River dans la soirée. Excellent mouillage protégé des vents dominants par les Indian Islands, ce lieu conserve pour seule trace des générations passées un immense « midden », un monticule de coquillages blanchis accumulés au fil des siècles par la nation des Ma’amtagila. Différents rôles pour ces amas de coquillage : niveler le terrain, stabiliser le rivage, neutraliser l’acidité des sols…C’était aussi une preuve de titre foncier et de souveraineté territoriale avant l’arrivée des Européens, des lieux sacrés qui jouaient aussi un rôle défensif : les pas humains sur cette couche de coquillages étaient audibles par les veilleurs et les ombres très visibles sur le blanc lumineux des coquilles.  

Turn Island, 1er août.  Dernier mouillage avant la civilisation. Nous hésitons à nous amarrer à un ponton privé, personne dans la maison, nous n’abuserons pas. Une fois de plus Quentin est à l’avant, 11mètres de fond, 50 mètres de chaîne sont libérés. Le skipper est à la barre, tous deux communiquent par casque.

2 août. 17h. Appareillage, remonter l’ancre, récupérer l’orin. Hisser la grand-voile et se dégager. Le crachin fait place à un grand soleil. Départ sur les chapeaux de roues ! Nous marchons en crabe à 7 nœuds sur un tapis roulant. 17 nœuds de vent arrière.

Dans les Narrows notre vitesse frôle les 12 nœuds. Nous avons même retardé notre appareillage d’une heure, puisqu’il y avait du vent nous allions naviguer assez vite et nous ne voulions pas nous trouver dans les Narrows au plus fort du courant descendant au milieu des « marmites » (tourbillons).

 Vers 20.30 nous sommes à Quathiaski Cove (Quadra Island) derrière Grouse Island, en face de Campbell River.

Comité d’accueil, Neil est là en annexe pour nous souhaiter la bienvenue. Nous avions rencontré Helen et Neil en Mer Baltique il y a 14 ans, nous nous étions arrêtés devant leur bateau identique au nôtre et nous les avions trouvés devant le nôtre.

10h le lendemain. Café chez eux, visite de la belle maison. Quentin et moi posons des questions à Helen sur sa vie d’infirmière urgentiste et ses missions à l’étranger. Neil et Eric discutent Nouanni, moteur, navigation…

Toilettes bouchées ! Encore ? Et c’est une fois de plus la corvée pour Eric. Alors que nous recevons nos amis ce soir. Difficulté résolue en une heure mais nettoyage fastidieux.

Notre nouveau moteur doit arriver incessamment. Neil se propose d’emmener Eric au chantier de l’autre côté dans son embarcation rapide, le « Wee Streaker », il faut traverser le Discovery Passage et ses courants.

Rendez-vous est pris pour lundi, le travel-lift nous hissera à 13h30. En attendant nous allons pouvoir profiter de nos amis qui nous laissent leur maison et leur voiture dès leur appareillage.

Histoire de l’île de Quadra. (270Km2). La région était à ce moment-là habitée par les peuples Salish ou We Wai Kai. Peuple installé ici en raison de l’abondance du saumon. En 1792, après l’arrivée de l’explorateur G. Vancouver ces populations ont migré au Cape Mudge à 9km au sud où leur communauté existe toujours. Leurs terres de réserve abritent le Centre Culturel Nuyumbalees, (jamais ouvert), qui expose une collection d’objets d’art premier. (Zachary Mudge était le nom du premier lieutenant de G.Vancouver). La pointe avait été baptisée Punta de Magallanes par les Espagnols passés quelques jours auparavant et l’île porte le nom de Quadra en l’honneur de Juan Francisco de la Bodega y Quadra. Navigateurs espagnols et anglais poursuivaient le même but, la cartographie des côtes et de l’île de Vancouver, ils ont donc décidé de collaborer. Le premier phare du Cape Mudge, a été construit en 1898 pour le trafic maritime lié à la ruée vers l’or.

La majorité des habitants de l’île est d’origine caucasienne : Grande-Bretagne, Europe ou Canada. Ceux qui ont pu s’installer ici bénéficient d’un ponton car les déplacements se font souvent en bateau pour la pêche ou pour les courses. Il est à présent interdit de construire en bord de mer. Quelques routes sillonnent l’île. Les ferries amènent leur lot de touristes en voiture, camping-car, à pied ou à vélo. Campings installés dans la pinède et golf à 9 trous. Difficile de trouver les pétroglyphes datées de 2500 ans mais Quentin en a déniché un plus récent !

5 jours à Quathiaski Cove, mouillage magnifique. Depuis notre arrivée des phoques se prélassaient sur les rochers à marée basse. Un soir des orques sont passées près de nous, voilà pourquoi les phoques avaient disparu depuis 24 heures de leurs rochers, ils les avaient senti arriver.

Lundi 11 août au matin on traverse le Discovery Channel pour le chantier « Ocean Pacific ». Les vacances sont terminées pour plusieurs jours.

A très bientôt.

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