TNews from The Last Frontier.

Aujourd’hui sous la pluie, le soleil n’est là qu’un jour sur quatre. Mais le charme de ce pays opère toujours, que ce soit sous la brume, la pluie ou le soleil.himbleberry Bay chez Frances. Tout près de Sitka.

Éric est à bord depuis mi-février pour démarrer un gros projet. Un « hard dodger » pour mieux nous abriter des intempéries. Les travaux ont commencé avec retard vu la neige qui recouvrait Manevaï.

Mais à présent le hard dodger est bien avancé, il fallait l'”essayer’ à bord et nous avons bénéficié d’une belle journée pour parcourir 2,5 nautiques . “Droit pour l’œil”, un sacré travail de précision de la part d’Erik, le professionnel de la maison ici. Les plafonniers, les vitres, et du petit matériel, sont délivrés peu à peu, tout cela arrivant par barge, 2 barges par semaine.

Nous devons donc commander la peinture mais comment trouver le blanc le plus proche de la coque lorsque l’échantillon est sur catalogue? En juin nous espérons sortir Manevaï de l’eau pour travailler quelques jours à sec. J’ai repéré les lieux, il y a une salle de douche.

Nous avons aidé Frances pour Snow Dragon II, lundi sous un beau soleil et gratté la coque pendant 3 heures à 4 personnes. Les touristes des paquebots en bus ou en vélo nous saluaient, nous sommes sur le parcours Sitka down-town et la Fortress of the bear . Je suis exemptée de chantier, pour les gros travaux mais j’accoure pour la peinture de coque , antifouling ou ligne de flottaison. Je profite de mes heures libres pour tricoter, faire de l’aquarelle et cuisiner pour le dîner des « travailleurs ».

Remise en place de la dérive de Snow Dragon II. Ligne de flottaison et antifouling en cours.

Le chantier au fond de la baie de Sawmill Cove est tout récent, le travel-lift peut soulever des bateaux de 150 tonnes. Le lieu où il est implanté porte le nom de Saw Mill Creek. Ce lieu abritait la Sanitary Dairy, une laiterie fondée en 1940 qui fournissait du lait aux enfants. En 1956 le site fut vendu à l’Alaska Pulp Corporation et l’usine de pâte à papier entra en activité en 1959 avec un important fond d’investissement japonais. Elle employait jusqu’à 450 habitants exploitant le bois issu de la forêt nationale des Tongass. L’usine produisait principalement de la fibre de bois destinée à la fabrication de tissus en rayonne et fournissait le Japon en grumes pour la reconstruction de ses infrastructures d’après guerre. Au cours des dernières années l’accent fut mis sur la fabrication de papier jusqu’à la fermeture définitive en 1993. Le site a été dépollué et a opéré sa reconversion, d’une vocation industrielle lourde, il est passé à un usage commercial et public sous le nom de Gary Paxton Industrial Park.

Le mardi soir j’accompagne Frances à un atelier « life drawing ». Nous changeons de modèle à chaque séance. C’est très convivial et studieux à la fois. Il y a toujours du vin et quelque chose à grignoter. Habitude anglo-saxonne de boire un verre de vin rouge ou blanc.

Samedi 2 mai, was a busy day. Le matin nous avons construit une baleine, la queue, en bois flotté, avec des adolescents d’un centre aéré. Nous avions monté la carcasse 3 jours avant dans l’atelier de Frances. Le soir nous étions au cirque, gala de l’école de cirque de Sitka. Frances en fait partie, trapèze et corde aérienne. Un superbe spectacle sur le thème du « Livre de la Jungle ».

https://youtube.com/shorts/6ouc2GpmM6H8?si=PgRggaUYTBPn5dvY

Une soirée au théâtre de Sitka, qui est aussi beau que le Quartz de Brest mais de taille plus modeste, 608 places. La soprano nous a présenté les morceaux interprétés pour son examen final. Les droits d’entrée au théâtre étaient dédiés à financer son année d’étude de chant à Paris.

Les baleines étaient dans la baie en mars pour les harengs. Nous savons qu’elles sont encore devant Sitka car nous avons rencontré des pêcheurs qui se reconvertissent en bateaux pour touristes pour la saison. L’un deux m’a apostrophée pour mes lunettes rouges assorties à ma doudoune rouge. Oui, nous sommes toujours habillés chaudement, les locaux sont en teeshirt ! C’était sympa d’échanger surtout à partir du moment où j’ai dit que nous étions français.

Ici on a le temps de bavarder, de s’intéresser à ce qui sort de l’ordinaire, à ceux qui sortent de l’ordinaire.

D’où la photo des mariés à qui j’ai proposé de servir de photographe puis de témoin mais le mariage avait déjà eu lieu à Anchorage. Admirez les « pompes » de la mariée.

Brèves de Sitka:

Les vrais ours ont terminé leur hibernation, 3 d’entre eux ont été filmés à 5 heures du matin par la caméra go-pro du voisin dans l’allée commune. Une maman et ses deux petits qui nonchalamment se promenaient à la recherche de skunk cabbages. et un ours un matin sur la grève à 20 mètres de Manevaï.

Vidéo d’Erik de J.

La rougeole est de retour aux États-Unis, fait des victimes chez les Natifs et les personnes non vaccinées. Le centre médical a été fermé temporairement après l’admission d’une personne suspectée d’être atteinte de la rougeole.

Les voitures électriques à Sitka ont beaucoup d’adeptes. 22kms de voies praticables , 10km à l’extérieur de la ville, 12 en ville. En raison du réseau routier très limité la plupart des propriétaires rechargent leur véhicule directement à domicile. Mais faire venir une voiture électrique vers Sitka est difficile. La compagnie de fret maritime “Alaska Marine Lines” a cessé de transporter des VE en raison des risques d’incendie. La seule option est le réseau de traversiers d’État “Alaska Marine Highway”, avec une limite stricte de deux VE par traversée.

Sitka.

La commune la plus étendue des États Unis !!!Oui, oui, oui, 7400km2 de terres émergées. Mais peu peuplée 8317 habitants. L’île fut d’abord le territoire des Tlingit, installés depuis 10 000ans. Leur vie était basée sur la pêche, la chasse et la cueillette, utilisant le bois des forêts de cèdres pour leurs canoës et leurs maisons. Les Tlingits étaient organisés en clans eux-mêmes divisés en deux moitiés (le Corbeau et l’Aigle/Loup). Chaque membre d’une tribu devait prendre pour conjoint un membre de l’autre tribu. (Exogamie stricte, question pour le jeu des 1000, private joke).

Elle fut le théâtre de nombreuses batailles entre explorateurs et Amérindiens. Répondant aux idées d’expansion territoriale du tsar, Baranov fonda une colonie en 1804, la principale motivation étant l’exploitation de la fourrure de loutre et la position stratégique qui permettait de contrôler la région. Les marchands de fourrure russes, eux, y étaient présents dès 1741.

La loutre possède la fourrure la plus dense du règne animal pour survivre dans les eaux très froides. 2 couches différentes. 60 000 à 80 000 poils par cm2. Sa fourrure emprisonne l’air pour isoler son corps du froid et agit comme un gilet de sauvetage. Cette espèce a failli disparaitre vu la chasse effrénée qui eut lieu au XIX-ème siècle.

Après des années de combats entre Indiens et Russes et la fameuse bataille décisive de 1804, (le fort des Tlingit ayant été bombardé pendant des jours), les Indiens fuient sur l’île de Chichagof, toute proche. Il y eut encore des incursions de la part des natives et des heurts sporadiques jusqu’en 1808, année de l’« intronisation » de Sitka en capitale russe. Les Indiens encore présents étaient tenus à l’écart de l’expansion constante de la colonie jusqu’en 1821 puis “invités” à fournir aux Russes le blé, le maïs, les peaux de loutre tandis que les colons les initiaient à la culture russe et à la religion orthodoxe. Les Russes n’ont pas réduit les Tlingits en esclavage au contraire du sort réservé aux Aléoutes et Koniagas pour la chasse aux loutres de mer, ils étaient des guerriers redoutés et les deux peuples avaient des relations tendues axées sur le commerce (le troc) et la diplomatie.

En 1867, l’Amérique russe est vendue aux États-Unis pour raisons géopolitiques et économiques. (Pour la somme de 7,2 millions de dollars = 160 millions de dollars actuels = 135 millions d’euros).   Sitka devint donc américaine. Plutôt que de vendre leur territoire au Canada qui était alors colonie britannique, les Russes préférèrent se tourner vers les Américains, espérant que l’Alaska formerait une zone tampon entre le Royaume-Uni et la Russie.

Témoins de la culture Tlingit : tous les totems au Tlingit Totem Pole, près du musée historique, et du Sheldon Jackson museum…

Témoins de son passé russe : la cathédrale orthodoxe Saint-Michael…

Saint Innocent d’Alaska (1797-1879) était un missionnaire qui devint évêque par la suite. Il a consacré les premières années de sa vie à évangéliser et à alphabétiser les peuples autochtones d’Alaska et de Sibérie. Il est à l’origine de la traduction des Évangiles et des hymnes chrétiens dans la langue des peuples locaux.

Autres témoins: La Russian Bishop House (résidence de l’évêque Innocent), quelques édifices encore présents dans la rue principale.

Et pour les deux populations d’origine tlingit et russe les visages des personnes croisées sont pour nous un rappel de l’histoire mouvementée de cette région. Certains sont encore très typés sans parler des patronymes.

Sitka est accessible seulement par bateau ou avion. Son isolement géographique entraine des frais importants pour la vie quotidienne, les prix sont deux fois plus élevés qu’en France. Le ravitaillement arrive par barge, deux fois par semaine et les petits paquets par le livreur bien connu dans le monde entier.

L’hiver ici doit être bien rude mais beaucoup d’activités sont proposées pour maintenir une vie sociale.

La ville est tournée vers la pêche, la transformation du poisson et possède un centre de santé régional majeur.

Une des marinas de pêche avec en fond le fameux Edgecumbe, volcan en sommeil.

Les US Coast Guards, les services forestiers, l’éducation ( University of Alaska Southeast) sont des acteurs clés de l’économie.

L’exploitation du bois, l’épicéa de Sitka, se concentre sur une niche de haute qualité (bois de luthier) plutôt que la production de masse. C’est le bois de prédilection pour les tables d’harmonie des guitares, violons et pianos. Une seule scierie « Viking Lumber Co » exploite le bois pour fournir des entreprises majeures comme Steinway, Kawai, et Yamaha.

La saison touristique vient de commencer, les paquebots, plus ou moins grands font relâche près du centre-ville, tant mieux pour les boutiques qui présentent de très jolis objets locaux. Pour une ville d’environ 8000 habitants , ce sont 7000 personnes supplémentaires, lorsque il y a 4 paquebots, qui viennent déambuler dans les rues.

La saison de pêche va ouvrir, saumons et flétans…

Nos sommes entourés de petits saumons. Amusez vous à les compter.

Et pour découvrir l’Alaska plongez vous dans les romans ” Alaska” de James A. Mischener et Rezanov, (le rêve d’une Amérique Russe) d’Owen Matthews.

www.manevai.fr

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