Il a bien fallu s’arracher de Kodiak et dire au revoir à tous les amis français. Pour nous consoler il y a les mails, les photos et l’assurance de nous retrouver comme si on s’était quitté hier.

Une brume qui nous enveloppe par moments, sympa quand on sait que le passage que nous allons emprunter est étroit. Je cherche « les canards vapeur », nom donné par l’équipage de Jade aux oiseaux qui battent des ailes sur l’eau pour essayer de décoller. Je tourne la tête et je vois une masse noire à 50m de moi, une baleine silencieuse  à part son souffle. J’appelle Éric  qui met du temps à réagir, le moteur est bruyant, il n’entend pas. Nous restons un moment subjugués et nous emparons de nos appareils photos. On ne peut en avoir peur, elle est calme, imposante par sa taille oui, elle est en route parallèle mais nous la perdons pour la retrouver à l’avant bâbord. .

Au débouché des Ouzinkie Narrows nous croisons un bateau de pêche et sommes survolés par un hydravion qui répond à nos saluts en agitant ses ailes. Les hydravions par temps brumeux ne peuvent traverser  l’ile et longent la côte pour trouver leurs repères.

Une nuit à Dry Spruce Island et une visite à Anita, Roberts et little Fox qui vivent à Port Bailey, Nous sommes accueillis par Roberts.qui nous rejoint en quad.  Ils ont acquis cette ancienne conserverie mais ont renoncé à la remettre en service. Il nous fait la visite des anciennes installations de la conserverie. Un jeune renard gris nous suit méfiant, Roberts le nourrit tous les jours mais ne cherche pas à l’apprivoiser. Anita sa compagne se joint à nous et nous explique qu’ils reçoivent des hôtes étrangers qui en échange de l’entretien des bâtiments sont nourris et logés. Amusant, les chambres sont mignonnes, le vaste séjour avec vue sur la baie est très bien installé, dans une alvéole se trouve du matériel de musique guitares électriques, batterie de quoi organiser des « parties », la cuisine est de la taille de celle d’une colonie de vacances. N’hésitez pas si vous avez des compétences à partager et aimez vivre en pleine nature….

 

Une station plancton au milieu de Shelikof Strait, mer calme, moteur au ralenti et le vent revient avec la pluie.  Notre récolte :

Nous entrons presqu’à la  voile dans Geographic Harbour. Ce sera le point le plus ouest de notre périple : 58° 07,23 N, 154° 36,34 W .Ce n’est pas le grand soleil, je ne sors pas l’appareil mais nous admirons cette entrée faite de petites îles sur notre droite recouvertes de « pelouses vertes », des falaises d’orgues de pierre  et ces hautes montagnes  tachées de blanc  sale, les cendres du volcan  Nova Rupta lors de l’éruption de 1912. Nous entrons nous mettre à l’abri du Nord-Est annoncé. Déjà plusieurs bateaux, un pêcheur rejoint par un autre qui vient se mettre à couple, Seal un beau voilier alu, et Spirit un yacht privé précédé de son annexe de 12m.

Salade toute fraiche, un régal,  merci Marion…

King Salmon au gril de Martine et Joël. Riz préparé façon Denis et fondue de poireaux.

Beaucoup de vent dans la nuit au mouillage.

Au matin Seal, le voilier américain, nous appelle sur le canal 16 pour nous signaler un loup et en retour nous leur signalons un jeune ours sur la grève. Nous échangeons par VHF après  être passés sur 17, ils naviguent dans le coin, ont hiverné 4 ans à Cordova et nous demandent quelles sont nos intentions de voyage.

Éric à l’aide d’une petite  pompe aspire l’eau de condensation qui se dépose au fond des coffres. Un grand nettoyage s’imposera dans les zones tempérées. Et un autre ours plus gros celui-là qui se promène sous la pluie, pas de photos trop de pluie.

Nous les étudions aux jumelles bien  à l’abri dans le cockpit, le loup se promène un saumon dans la gueule.

Nous changeons de mouillage.C’est notre premier jour de vrai mauvais temps. Les rafales nous baladent, l‘ancre tient, aucun problème mais nous voulons plus d’ours. Nous passons saluer Seal et continuons vers le lac qu’Éric a apprécié en septembre 2016. Mais trop de fond, le coffre a été déplacé et nous avons des scrupules à nous amarrer dessus. Idée mais mauvaise s’échouer et nettoyer la coque oui mais les ours viendront-ils nous aider ou nous manger ? Mais si pas de plage pas d’ours ! Le dilemme est atroce. Raisonnablement  nous  mouillons dans une petite baie, nous aurons peut-être de la chance ce soir. Manevaï danse au bout de sa chaîne. Deux ours  le soir, deux au matin, ils arrivent à marée basse et fouillent entre les cailloux.

Bon choix pour le mouillage, deux ours plus un. Journée de pluie et de vent quelques rafales à 40 nœuds. Nous n’y comprenons rien, dehors le vent doit être Nord-Est et nous nous prenons du Sud. Ok monsieur Eole s’engouffre dans le cirque, tourne, monte  et descend de la montagne (à cheval ?).

Deuxième nuit plus calme que la première.

Nous changeons de mouillage et rejoignons Seal qui lui nous a devancés. Nous mouillons par 2m de fond sachant que la marée est basse. Nous sommes dans la baie que l’équipage du Passage du Nord-Ouest connait bien. Un lac aujourd’hui cerné de montagnes pelées, en fait recouvertes de cendres.

Un gros nounours fauve sur la plage et un loup encore plus efflanqué que celui de la veille. Éric est en annexe, il bavarde avec le skipper de Seal voilier américain, 56 pieds, qui fait du charter à partir de Cordova. Je trépigne, j’espère qu’il a vu l’ours. Une balade en annexe pour tous les deux, impossible de remonter les rivières à saumons, un petit FuckYou (cf blog 11) curieux. Soleil magnifique.

Nous prenons un raccourci pour sortir de Geographic Harbor pour rejoindre Hidden Harbor. 3 heures de route, une tentative de génois vite ramassé et nous entrons dans Hidden H. Collines vertes bosselées, au fond de belles montagnes recouvertes de cendres. Très peu de neige. Des plages de sable blanc, personne, pas de parasol.

Passer par la porte étroite tourner à droite et au fond encore à droite. Le chant des cascades, certaines visibles d’autres sous le bush. Nous attendons les ours. 21h30 il fait jour.

 

Et les ours sont là, 2 derrière nous, Eric s’empresse de mettre l’annexe à l’eau pour s’approcher, j’adore !!!!! J’ai envie de crier « c’est bon Léon j’ai les mêmes à la maison » mais je reconnais au retour que ses photos sont superbes prises de près, l’ours grignote, calmement, cherche entre les herbes. Un gros nounours derrière nous nous intéresse moins, il reste caché par les herbes hautes.

 

 

Le lendemain matin un ours sur la plage dans la lumière à l’est.  Nonchalant il gratte des pattes avant en alternant, gaucher, droitier, ambidextre? Belle couleur fauve qui brille au soleil, que trouve-t-il ? Des vers, des coquillages ? Nous ne le voyons pas casser les coques.

Maintenant route à l’Est.

Passage au nord de Whales Island la bien nommée, au nord de Kodiak. Huit baleines  se délectent comme les mouettes de minuscules animaux marins cachés dans le kelp dans une eau peu profonde et n’ont même pas la place pour sonder. D’abord on assiste au jet de vapeur puis le grand corps ondule, fait le gros dos et la masse noire s’enfonce lentement dans l’eau.  Nous, nous espérons atteindre le bout du chenal  long de 6 nautiques, le courant vient de s’inverser, nous marchons à 3,5 nœuds avec le moteur mais heureusement le vent est avec nous.

 

Afognak Bay. Le 22 juillet au soir Manevaï mouille au même endroit qu’en septembre 2016. Mouillage paisible entre 2 cabins et au milieu des loutres. Le soleil nous a un peu gênés pour pointer l’étrave de Manevaï dans le couloir étroit  d’arrivée mais quel calme et quels reflets ce soir du rouille, du vert, du brun foncé. L’eau n’est perturbée que par le passage des loutres. D’ailleurs j’ai bien observé une loutre elle se grattait le nez avec les pattes arrières.

Au matin demande de Cathy «  Et je fais quoi pendant que tu fais le ménage ? Réponse d’Eric : Ben j’sais pas moi tu vas chasser et tu rapportes de quoi déjeuner ? ».

Le 23 en matinée, du soleil. Gâteau aux amandes puis remontée de la rivière pour atteindre le lac, que nenni des cailloux, puis un barrage  à compter les saumons.

 

 En amont, à droite sur la photo, le sas au milieu du barrage s’ouvre…

Et Joe compte le nombre de saumons qui remontent en un temps chronométré.

Les pêcheurs croisés ce matin sont à pied d’œuvre, pêche à la mouche. Entourés d’insectes ce qui explique le vêtement porté ( onezy ?).

 Fish On !

Le poisson est remis doucement à l’eau orienté dans le courant.

A pied sur le trail, un beau trail pour un quad et nous rejoignons le lac.

Nous sommes sur les terres de l’Afognak Native Corporation. La plupart du temps nous mouillons, nous  arpentons les territoires des Natives. Mais comment demander l’autorisation d’y pénétrer s’il n’y a pas de réseau ?

Car qui dit rivière  à saumons, dit lac en amont. Les baies sauvages sont bientôt mûres, elles feront le régal des ours. Avec ma hantise d’en rencontrer un je parle fort et marche vite, encore plus vite au retour.

Dans une semaine le spectacle sera magnifique. Ce sera la curée pour les poissons qui tenteront de remonter jusqu’aux lacs, les ours seront aux embouchures des rivières et se serviront en saumons. Une grosse paluche dans l’eau avec un mouvement de cuillère et les saumons seront  leurs victimes.  Plus tard dans l’été ils passeront au dessert, toutes les baies salmonberries, blueberries, seront les bienvenues. « …Le poids moyen d’un mâle adulte se situe entre 600 et 900 livres, le poids de la femelle est environ de 30% moindre. Bien que le poisson constitue une part importante de leur régime, ils mangent plus d’herbes, de plantes et de baies que de viande et  dépensent rarement du temps ou des efforts  pour chasser et tuer des animaux. »

Nous quittons Afognak Bay pour Kitoi Bay. Ce n’est pas une heure pour dîner 22h30 et en plus pour fêter un anniversaire !

 

Au réveil des ours, des aigles,

des mouettes et des saumons en dehors et dans les filets de la Hatchery. Petit déjeuner des « Teddy » et de leur maman sur la grève,

les oiseaux passent après.

 

Visite de la Hatchery avec Randy. L’échelle à saumons.

Nous assistons au travail « à la chaîne » avec musique. Voici les photos du travail, 4 à 5 mois de summer jobs pour tous ces jeunes. La hatchery c’est deux millions de dollars d’investissement qui induisent 6 millions de dollars dans le milieu local.

Les garçons éventrent les femelles et font tomber les œufs,

la jeune fille, d’un sacré coup de main, fait jaillir la laitance du ventre des mâles…

Le tout glisse dans un seau. Ici les deux jeunes vérifient l’âge des saumons en prélevant quelques écailles, et retirent la «marque », l’os durci derrière l’ouie, pour vérifier que les saumons pêchés sont bien issus de l’élevage de la Hatchery.

Un ours se baigne « miroir mon beau miroir, saumon mon beau saumon… »

en se servant au passage dans cette multitude de saumons bloqués avant  l’échelle de remontée de la Hatchery.

Ils veulent retrouver leur rivière mais atterriront plus ou moins morts dans les mains des jeunes guys ! Seul réconfort ils auront « beaucoup d’enfants », une descendance nombreuse et cajolée pendant quelques mois dans les incubateurs. Adieu les saumons et les ours. Merci Randy pour cette visite si enthousiaste et si instructive de ta Hatchery

C’est un “Chum” (dit aussi Dog Salmon) dans sa phase de reproduction.

Cap à l’Est.

Et bonjour les orques, un ballet de quatre nous accompagne pendant quelques minutes sur notre tribord.

 

Le vent revient et le pain embaume dans le carré à la sortie du four.

 

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