Ia Orana Tahiti. Je te salue Tahiti mais tu ne nous accueilles pas sous ton plus beau jour.

36 heures de navigation comme prévu depuis les Tuamotu. Mais le vent devait tomber or ce deuxième jour nous avons eu des rafales à 40 nœuds, le vent de 3/4 arrière, une mer houleuse, un ciel digne du film du Seigneur des Anneaux lorsque la menace arrive. Et toujours rien au bout des lignes ! Il nous reste un filet du poisson offert par Valentine et Gaston, il sera mieux apprécié ce soir par mon estomac.

Nous voulons bien manger notre pain noir maintenant si nos amis qui arrivent dans 4 jours ne connaissent que le beau temps.

Le GRCC Tahiti annonce une opération de sauvetage, hélitreuillage d’une équipière en état de choc. Le voilier est à 40 nautiques de nous, difficile de se dérouter. Le voilier Shadock n’arrive pas à entrer à la marina Taïna et demande l’assistance de la SNSM pour un remorquage.

A la nuit tombée nous arrivons à l’abri de la Pointe Vénus.  « Vénus mon amie… » comme chantaient les Compagnons de la Chanson, tu es la bienvenue. Vagabond avec qui nous avions échangé pendant la traversée nous demande notre mouillage et vient lui aussi se mettre à l’abri. Nous devinons les installations de la Marine Nationale, les maisons au bord du rivage et sur les hauteurs de Taharaa.

Au matin la mer est un peu calmée, nous suivons le récif frangeant devant Arue, le soleil est revenu et nous entrons avant un gros porte-container dans le port de commerce direction la marina Papeete.  Ça y est nous sommes à quai et pour quelques jours en pleine ville ! Manevaï nous a emmenés en lieu sûr. Nos voisins de ponton se trouvent être d’un côté l’ancien maître d’hôtel du commandant de l’Ecole Navale et de l’autre bord un jeune cuisinier meilleur ami, à l’institut Bocuse, du fils de la marraine de Manevaï. Nous espérons bien aller dîner au restaurant « le Perchoir » où il est chef.

Arrivée sur Papeete au matin.

L’île de Tahiti est dans notre imaginaire un nom chargé d’exotisme. Louis Antoine de Bougainville et James Cook fin XVIIIème ont décrit l’accueil des Tahitiens en idéalisant leurs séjours mais l’hospitalité et la gentillesse des Polynésiens est toujours présente.

La route de la perle !

Chacun retrouve son indépendance, Eric dans ses courses et moi à la recherche de la plus belle perle. Jean-Philippe et Béatrice, rencontrés à Toau aux Tuamotu, nous laissent leur voiture pour quelques jours ce qui nous facilite grandement les déplacements. Énorme plein à Carrefour, bricolage, aéroport par deux fois pour accueillir nos équipiers Claude et Alain un matin et Gwenaëlle le lendemain soir. Bon comment occuper un dimanche à Papeete quand tout est fermé ? Choisir un dimanche d’arrivée de paquebots et aller très tôt au marché, puis chez Robert Wan au musée de la perle puis au temple admirer les élégantes en chapeau qui se laissent gentiment photographier.

Merci mesdames pour votre gentillesse et votre sourire.

Déjeuner à bord et retourner au milieu des touristes sur le quai faire emplettes de souvenirs. Nous avons l’œil pour discerner les défauts des perles, comparer les lustres, faire jouer les nuances aubergine, vert, bleu…Les commerçants prennent le temps avec les futures acheteuses, nous racontent Tahiti et Papeete, nous laissent sortir les perles à l’extérieur, nous conseillent suivant notre type de peau.

A l’Office du Tourisme, Nahata nous raconte son arrière grand-père japonais, déporté à Makatea dans les mines de phosphate pendant la deuxième guerre mondiale.

Un peu d’histoire.

Peuplée par des navigateurs originaires des sud-est de l’Asie, les îles polynésiennes virent arriver au XVIIIème siècle les premiers Européens comme l’Anglais Samuel Wallis, le Français Antoine de Bougainville et James Cook. Les îles deviennent vite l’incarnation du paradis sur terre. Après de longs mois en mer pour les marins, arriver sur ces territoires en face de femmes et d’hommes si accueillants, « pas de fruit défendu », c’était le jardin d’Eden, la nouvelle Cythère. Évangélisés par des missionnaires protestants et catholiques les Tahitiens sont restés très pratiquants. Dans les îles de la Société 80% de la population est protestante. A Tahiti de 50 % à 55 % selon les sources seraient protestants, un quart est catholique (de 25 % à 35 %) et le restant se partage entre Mormons, Adventistes, Sanitos et Témoins de Jéhovah. La Polynésie vécut sous le régime de protectorat en 1842, protectorat qui fut révisé en 1848 et 1851. Avec l’installation du CEP (193 essais nucléaires jusqu’en 1996) les îles font un bond économique, et développent le tourisme et la culture de la perle. La pêche et l’agriculture viennent ensuite. Mais l’Etat français subventionne encore en grande partie le développement de la Polynésie.

Depuis 1984 la Polynésie est un Pays d’Outre-Mer et a un statut d‘autonomie. Edouard Fritch a succédé à Oscar Temaru qui a lui-même succédé à Gaston Floss (grand ami de Jacque Chirac).

La promenade à Papeete. Ici on ne dit pas le Malecon.

Le musée Wan.

10 septembre. Appareillage lundi midi vers Moorea, 20 nautiques. Initialement nous devions aller en baie d’Opunohu mais The Why (voir le site : « Under the pole ») est en baie de Cook, (appelée à tort Baie de Cook), pour retrouver Emmanuelle dite ‘Manu’ et Guislain, nous mouillons à quelques mètres d’eux et surprise pour Eric Maewan 4 est à couple. Eric et le skipper de Maewan 4 avaient sympathisé lors du North West Passage en 2016.

Nous décidons de rester 24h de plus pour répondre à l’invitation d’Emmanuelle pour le lendemain soir.  Je vais retrouver mon ami Robin et je dessine le petit train de Papeete grâce à une photo, « non, Robin, il n’y a pas de TGV à Tahiti ». Maewan, outre un programme éducatif auprès d’une école de de Tahiti, doit embarquer des skyliners  sur les Marquises. The Why continue ses explorations avec à son bord des scientifiques, une cuistot médecin, une baby sitter pour Robin et Tom…

Nous en profitons pour nous baigner, l’eau est turquoise à 27 degrés, les raies dérangent un peu Gwenaëlle mais leur balade tranquille a surtout lieu le matin et le soir.

Moorea possède un lagon ouvert par 12 passes mais il est presqu’impossible de naviguer et d’en faire le tour sans sortir et entrer par une autre passe. A terre c’est comme Huahiné une île jardin : gardénias, bougainvilliers, roses-porcelaine, hibiscus, orchidée sauvage, frangipaniers, et le tiaré. Plus le fameux fruit le « Noni » qui possède de nombreuses vertus médicinales. D’origine volcanique, l’île est ceinturée par une route de 62Km bordée de crotons et de cordylines. Les 3 sommets accrochent les nuages et permettent ainsi une humidité pour les cultures vivrières.

Les baleines à bosse sont présentes d’août à novembre pour se reproduire dans les eaux chaudes à l’extérieur des lagons.

Les fonds marins regorgent d’espèces variées : balistes, gendarmes, picassos, carangues, perroquets, Nasons, et coraux de toutes couleurs. Des raies aussi qui nous effraient un peu et des requins à pointe noire.

Claude a cru voir un tricot rayé et s’est enfuie.

Bonnes plongées Guislain, see you next…

Nana Emmanuelle, peut-être à Bora Bora…

A l’ouvert de la baie de Pao Pao, une visite à la fabrique de jus de fruits Rotui dont l’ananas fruit symbole de Moorea et distillerie de rhum à base de canne à sucre « O Tahiti ». La culture des Ananas date des années 1970, les champs sont visibles à l’œil nu par leur couleur vert tendre légèrement rosé. Nous plongeons sur l’épave du Kersaint, naufragé en 1919…

Puis nous sommes allés en baie d’Opunohu à la recherche des vendeurs de crevettes. Nous avons contourné le yacht SuRi en essayant d’apercevoir Tom Cruise. Le toboggan, le mur d’escalade, les embarcations, tout était sur l’eau.

Coup de chance pour nous, pas pour les crevettes, nous avons acheté de quoi faire deux bons repas,  les exploitants des bassins fermaient pour prendre 15 jours de vacances.

En balade.

Tahaa. Moins de 24 heures de mer, notre nouvelle équipière a pris courageusement son quart malgré le mal de mer. Grand soleil, une passe facile, un virage à droite pour mouiller derrière un motu, l’endroit était paradisiaque.

I’m a poor lonesome cowboy, no I’ am rich sailorman…

Le lendemain  à la découverte du jardin de corail où Gwénaëlle s’est faite attaquer par un Picasso et Claude a voulu flirter avec une murène sous patate. L’endroit était joli sans plus et il y avait trop de touristes. Nous avons continué vers Patio la capitale de l’île intéressés par les « Rencontres des Travailleurs Municipaux ». Déception pas de réseau mais plaisir d’assister aux deux jours de fêtes des 4 communes invitées. Nous avions déjà sympathisé avec quelques personnes des groupes installés dans une salle commune près du temple, matelas par terre, barbecue, glacière, musique, le tout dans la bonne humeur. Je n’ai pas osé prendre de photos du dortoir.

Retour de répétition.

Les Tahitiens sont adorables, on demande un renseignement et on reste bavarder en faisant un bout de chemin ensemble.

Pendant la soirée je suis allée commander notre dîner: poulet frites mais comme je faisais la réflexion que les morceaux étaient très gros, un Tahitien m’a répondu « tout est grrrros chez nous », réplique culte à bord à présent. Nous sommes restés  sous le charme de toutes les troupes présentes.

 

L’une d’elles a présenté des ballets en robes purutu remises au goût du jour dans des tissus magnifiques, les colliers de ces dames étaient aussi de toute beauté.

Les premières robes purutu.

Les robes revisitées..

Très tard nous avons dîné à bord et fêté les 44 ans de mariage de Claude et Alain. »

« E mahana oaoa/ c’est un jour de joie… »

Le lendemain les festivités commençaient tôt mais nous n’avons débarqué qu’à 9 heures et assisté aux jeux inter îles genre Interville. Relais farine,

relais porter de bananes, ouverture de noix de coco, pressage de la chair de coco pour obtenir le lait .

Puis dans la darse tir à la corde par des va’a. Chavirage d’un va’a féminin, les dames ont mal  synchronisé le changement de bord de leur pagaie et quand on appuie toutes du même côté… On chavire.

Bon il fallait continuer et nous avons quitté la fête pour mouiller dans une autre baie  après avoir eu l’autorisation de Noé de prendre un coffre devant chez lui à Vanilla Tours.

Le lendemain nous partions en excursion avec lui à la découverte de la flore de l’île. Une belle balade avec picnic au bord du lagon,

découverte d’une autre distillerie,

et d’une vanilleraie.

Au retour un jus de fruits nous attendait sous le faré et nous avons sympathisé avec les parents de Noé, navigateurs comme nous, dommage nous avions encore beaucoup de choses à échanger.

Le lendemain la pluie s’annonçait et le vent assez fort. Nous avons fait route vers le marae de Taputapuatea. Marae restauré qui fait partie de la grande histoire des Polynésiens. Dans leurs croyances la passe devant le marae était  gardée par un poulpe et les communautés invitées au grand rassemblement devaient lever leurs pagaies pour saluer le poulpe et être acceptées dans le lagon. Notre mouillage n’étant pas safe nous avons fait demi-tour et sommes revenus dans une très jolie baie dont nous avons peu profité tant il pleuvait. L’après-midi autre ferme perlière pour la gente féminine du bord pendant que les hommes bricolaient.

Manevaï était amarré sur un coffre, le vent soufflait nous étions bien, un peu trop au chaud quand même, les écoutilles étant toutes fermées.

Le lendemain matin on traverse vers Huahiné, quelques heures de route et nous arrivons à Faré.

C’est joli Huahiné, l’île jardin, de loin nous essayons de trouver la silhouette de la femme couchée et nous entrons dans le lagon. Le soleil perce la couche nuageuse, quelques baleines nous précèdent, chouette des surfeurs sur le récif.

Première découverte de la « ville » et tentative de wifi au café. Peine perdue. Le lendemain matin le bourg est plus animé, beaucoup de locaux ont installé leur étals au bord de la rue principale et tout est tentant. Nous résistons à l’envie d’acheter du poisson en filets, gratte ou pas gratte? Mais ananas, citrons verts (ti punch ?) patates douces et aubergines complètent notre menu.

Deuxième jour, pluie pluie pluie, récupération du linge lavé et séché et excursion à pied des dames vers l’OPT pour le réseau wifi

et découverte d’une boutique de perles, tiens les hommes ne nous avaient rien dit. Bel abri, belle aubaine.

Nous tentons une sortie vers Papeete pour ramener notre nièce à son avion, peine perdue les baleines sont là mais la mer est difficile et malgré notre obstination nous ne parcourons pas vite, et bien sûr pas en ligne droite, les quelques premiers nautiques. Décision du skipper: on fait demi tour et Gwenaëlle rentrera en vol domestique dimanche. Un joli mouillage à Taapea le soir et rencontre avec Siki ancien de l’armée de l’air qui occupe sa retraite en gardant une plage et en montant des coquillages en collier.

Nous restons perplexes sur tout ce qu’il nous raconte mais c’est un personnage attachant.

Dernier jour avec notre jeune équipière nous louons une voiture et nous voilà partis pour le tour de l’île. Un maraé, une ferme perlière pour les derniers achats, l’arrêt chez Tara pour un déjeuner tahitien au bord de la plage, encore un peu de temps et nous faisons une visite au musée du coquillage tout près de l’aéroport.

Nana Gwenaëlle, bons vols et à bientôt.

Un plein d’eau le soir et nous retournons à la nuit tombante au mouillage de Siki. Baignades au dessus des coraux violets et des poissons de toutes couleurs et tentatives de pêche de varos, pas de photos nous n’en avons pris aucun.

Appareillage le lendemain pour une trentaine d’heures de traversée très calme jusqu’à Moorea où nous laissons Claude et Alain qui y ont prévu un séjour d’une semaine non sans avoir admiré et presque touché des baleines. Elles son passées sous la coque de Manevaï ce fut un moment extraordinaire, tellement extraordinaire que personne n’a déclenché son appareil photo.

Nous avons rejoint la marina Taïna en passant dire bonjour aux amis de Kéa. Bulle était là aussi, nous avons croisé la petite famille le soir même. Les 6Gones étaient aussi dans les parages en grand carénage  mais nous n’avons pas eu le temps de nous retrouver. Vendredi soir place Vaiere nous avons assisté à quelques danses et à la projection du film « Human » de Y A Bertrand. Il était la himself pour présenter son film et en Polynésie pour tourner des séquences sur les baleines de Moorea. Appareillage pour Port Phaeton dimanche matin avant le coup de Maraamu, vent dans le nez, la météo avait prévu calme plat!

Mais Port Phaeton est vraiment à l’abri, d’abord la barrière de corail puis un chenalage sur la gauche, un virage à droite pour entrer dans une petite baie et trouver le mouillage de Taravao,

20 places dans la marina et un chantier de construction sur le terre plein. Lundi midi Manevaï est sorti de l’eau et amené à sa place dans le chantier.

Commence pour nous le compte à rebours, nettoyage de la coque, reprise de l’antifouling, lessivage des coffres, déshabillage du pont, lavage des voiles et séchage dès qu’il fait beau. La chance est avec nous, il fait beau pendant 5 jours et notre travail avance vite. Les moustiques attaquent vers 16 heures, vivement l’avion que nous en soyons débarrassés. Je passe une journée en ville après avoir loué une voiture et retrouve Claude et Alain pour finaliser les derniers achats, je veux rapporter du tissu du magasin Vénus, je ferai plus ample provision la prochaine fois. Le départ approche la nuit sera courte à Port Phaeton. Lever 3h du matin pour un avion à 7 heures. Et retour vers la métropole, la famille et les amis, plus les animaux chiens chat…

Un commentaire sur “Tahiti. O Tahiti. 2018.”

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