Vendredi 29 juillet 2016 – Candyland

Nous vous avons promis d’être plus régulier dans nos envois et c’est réussi. Les lettres s’écoulent sur mon clavier. C’est entourée par des montagnes au mouillage que je vous écris. Manevaï est arrivé à Cape Hatt tôt ce matin vers 03h30. Mais racontons d’abord un peu notre première escale au commencement de la partie vraiment principale du périple et nos premiers pas sur le sol « Conadiaing » (ce seront les premiers pour Philippe). Au moment où je vous ai fait parvenir le récit de l’épopée groenlandaise par Mini-M, il nous restait encore quelques 80 miles à parcourir. Avant de s’engouffrer dans le chenal menant à Pond Inlet, notre QG flottant ronronnait gaiement au son de Mister Perkins. Les sommets enneigés très escarpés se divulguent peu à peu. Des glaciers viennent se jetter dans la mer de Baffin, des nuages onctueux viennent napper les versants rocailleux des monts. « C’est Candyland » je dis, parce que, les spirales de neiges sur les pics me rappelle des bonbons à l’ancienne et puis, parce que ce paysage féerique pourrait très bien être un lieu d’inspiration pour un bouquin d’aventures imaginaires. Ca peut paraître pompant ce que je dis mais c’est vrai. J’ajouterai également que le soleil nous a gâté de sa présence. Toutes nos occupations diverses habituelles prennent désormais place dehors : couture, lecture, tri de photos sans oublier la veille bien sûr mais nous sommes surpris de constater que les icebergs et leurs orphelins dérivants se font très rares dans le paysage. Serait-ce de bonne augure pour le reste du périple ?

Le moteur cessera à 4h de nav’ de notre prochaine escale car le vent vient de tourner et nous pousse avec un bon établi de 15-20 nœuds. Le spi sera de sortie. Quelle classe que d’entrer dans les eaux du Nunavut avec les plus beaux 150m2 de toile, de faire plus de 7.5 nœuds sur le fond et d’admirer ce paysage écrasant qui défile ? Le spi nous tractera pendant 3 heures au moins. C’est la deuxième fois qu’on le sort, nous aurons fait tout un bord dans la mer de Baffin pendant une bonne partie de la journée. (Cette nouvelle m’a échappée lors du dernier envoi). Nous terminerons notre approche au moteur bien sûr, avant de mouiller en face d'un petit village de 1 200 habitants. Une colline surplombe cette colonie et arbore le nom de la ville… moins imposant qu'Hollywood à Los Angeles car on distingue à peine les lettres, effacées par le temps et les conditions climatiques rudes. Les maisons sont de construction très simple, si simple qu’il nous est difficile de croire que de telles structures peuvent survivre l’hiver. Elles sont quasiment toutes en bois et sur pilotis, ornées de cheminées et certaines avec un mât de pavillon : Nunavut et/ou Canadien. Ici, pas de lumières néon marquées « BAR », ni de discothèques… On entend des enfants rire et jouer sur la plage … à 23h. On comprendra plus tard qu’aucun enfant n’est scolarisé l’été. L’été est la saison du divertissement. En hiver : on travaille, on pêche, on socialise. On dînera donc tard, vers 23h : le lendemain sera chargé en besogne.


Eric s’en va avec l’annexe remplir les premières formalités administratives. Il est convenu qu’aucun passager ne peut débarquer sans avoir été déclaré au préalable par le capitaine du bateau. En attendant son retour, on bricole, on nettoie, on range, on trie. Eric revient. Il faudra débarquer à nouveau et payer la taxe de déclaration d’arme à feux (les détails à renseigner sur notre matériel anti « je-me-laisse-faire- bouffer-par-les-nounours-blancs » est tellement pointilleux que c’est limite si on nous demandait pas carrément la couleur du bazar en question). On s’en va en annexe. On débarque : les premiers pas de Philippe sur le continent Nord-Américain se feront vers 12h30 (on déjeunera à 17h ce jour-là, j’y reviendrai) à Pond Inlet. Comme au Groenland, c’est un peu pentu et très poussiéreux. Les routes ne sont pas pavées. On arrive au bâtiment de la Garde Montée « Conadiêne ». Le premier mémo aperçu sur la porte d’entrée est un groupe de discussion anti suicide. Super gai. Toutes les notices d’informations sont marquées en Anglais, Français et en Inuit. On attend sagement. On remplit des papiers. Eric parle au téléphone avec un correspondant francophone du service . Je dois à présent écourter notre récit … Nous allons tenter notre chance avec le Mini-M.

Suite bientôt.