Mercredi 17 août 2016 - Where did your ice go? (Diana Ross perd le Nord)

Manevaï vous annonce avec une certitude ferme, en inox même, que 2016 se range parmi les plus grands millésimes glacés... ou plutôt aqueux. Peut-être que la canicule qui a occupé le sol Européen est partie en vadrouille dans le Grand Nord se rafraîchir un peu ? En tous cas, notre deuxième point stratégique, le Peel Sound a été franchi avec succès et sans difficulté majeure, mais j’y reviendrai. Il me faut encore vous raconter notre séjour à Resolute Bay.

Nous sommes donc arrivés à Resolute Bay le 6 août à 00h00, là où tant de vaisseaux ont pris leur mal en patience en attendant que les glaces dans le Peel Sound (le long chenal qui longe Prince of Wales Island et mène vers King William Island) se dégagent. Ce moment historique pour Manevaï a été arrosé (siroté serait plus juste) au rhum ambré. La nuit fut paisible sans les ronronnements du quartier maître Perkins. Nous n’étions pas seuls dans la baie « des résolus »: le « Bonavalette » de Suisse et le « Ratafia » de Nantes étaient mouillés à côté de nous. Nous ferons leur connaissance le lendemain. Resolute Bay est un patelin de 250 habitants environ, étalé en contrebas d’un petit plateau rocheux (le terrain ici est beaucoup plus plat que les hauteurs majestueuses de l’île Baffin et Devon). Une cinquantaine de maisons y sont regroupées, toutes préfabriquées, certaines arborent des balcons, d’autres leur container d’eau ou leur quad (pentes sableuses obligent). L’esthétique importe peu dans le coin mais une atmosphère sympathique s’en dégage. Cela va de pair pour ses occupants. La journée suivante a été dédiée aux routines de chaque escale : administration, réapprovisionnement en frais, WiFi, lessive, fuel etc etc. Nous nous sommes séparés pour répartir les tâches afin d’être plus efficaces et avons été moyennement victorieux : Anne et moi avons passé presque une demi-journée à nous occuper de la lessive à l’hôtel local en s’obstinant désespérément à nous connecter à leur réseau pour tuer le temps (gros FAIL). Le staff de l’hôtel nous accueille bras ouverts et nous donne accès à tous leurs services (sauf pour dormir dans les chambres de l’hôtel bien sûr). Nous pouvions nous restaurer, nous désaltérer sur place, utiliser leurs douches, machines à laver, lire leurs bouquins, regarder leurs DVDs, utiliser leur WiFi…tout ça pour la modique somme de zéro dollars « Conadiaing ». On rentrera dans l’annexe frustrées par notre manque de productivité. Les garçons n’ont pas été chanceux non plus en attendant tout ce temps pour faire du fuel mais surtout, que le quai de « livraison » se construise ! (Mais ils avaient les bières … eux). On aura rendez-vous le jour suivant entre 09 et 10h (négocié au lieu de 08h) pour qu’un camion citerne vienne nous livrer en gazole : « t’ me call sur lô VHF et on sera ready » confirme en québécois un employé (dont le prénom m’échappe). Phil Chubbs, le manager de l’hôtel et le gérant de la société ATCO (entreprise de construction & bâtiment) a été d’une gentillesse considérable ; très obligeant et arrangeant dans tous ses efforts pour nous rendre la vie plus confortable. #ATCOPhilistheman. Thanks again for everything Phil ! Vint le soir, le Ratafia nous invite sur Bonavalette pour prendre l’apéro. On échange les récits de nos voyages maritimes respectifs ; Ratafia (Rémi et Jean-Baptiste) sont partis de Bretagne une semaine avant Manevaï et ont traversé l’Atlantique en 11 jours seulement. Ils ont profité de leur marge pour caboter, se baigner dans des sources chaudes et tutti quanti. Bonavalette (Mickael, Alexander et David) bouclent leur tour du monde par les voies glaciales du Grand Nord pour gagner en temps (la même stratégie appliquée par la Couronne Britannique pour accéder à la route des épices il y a plus de 3 siècles). Ils ont tous appris à naviguer avant de marcher ! (By the way, mesdames, leur #beaugossitude vous fera fondre plus vite que les glaces dans le Peel Sound, allez sur leur site !)… Les deux voiliers francophones repartiront le lendemain matin avec des vents favorables. Manevaï repartira aussi ce jour-là mais vers 22h afin de régler nos affaires de Mini-M, télécharger les GRIBs et les cartes des glaces. Le Peel Sound s’est ouvert, on fonce !


Nous voilà partis vers de nouvelles aventures. Cap au sud cette fois-ci. Le soleil délicieux nous réchauffe le dos, le pilote kiffe sa nouvelle route et n’hésite pas à nous le montrer en tenant bon le cap. Quelques 400 nautiques nous séparent encore de Gjoa Haven, notre prochaine escale. Les cartes prédisaient une concentration « négociablement » praticable après le Bellot Strait : du 03/10ème, avec une position stable par rapport aux cartes précédentes. On s’attendait tous à rencontrer des glaces, débordant de la côte ouest du Peel Sound et donc des chances de voir de la faune. Mauvaise pioche. En rasant la côte est pour profiter du courant portant et pour éviter les soi-disant 3/10ème de concentration, nos yeux n’ont pas été gâtés. Nous avons vu un gros phoque se dorer la pilule sur un morceau de banquise au deuxième jour de la traversée. C’est dire que les 3/10ème ont fondu pour finir en 1/10 de concentration. A l’aise breizh !

On slalome gentiment entre les glaçons après le passage du Détroit de Bellot. La nav’ devient plus rigolote et on s’amuse à corriger le cap selon la position des bestioles englacées. On s’amusera aussi à réaliser notre 7ème échantillonnage de plancton ! Jour 3 de la traversée, Philippe réveille les filles soupirantes vers les 10h pour nous annoncer ce message « Les filles si vous voulez prendre des photos et en avoir plein les yeux c’est maintenant ». Infatti, i gelati sont là et Manevaï vogue fièrement au milieu de cet archipel givré. On engouffre l’étrave dans le centre d’une parcelle de banquise. On plante les barres à mine auxquelles sont amarrées des aussières et on descend tous « à terre ». On prendra même l’apéro dehors ce jour-là (avez-vous vu les photos ?). On arbore avec honneur les couleurs du pavillon Hénaff, notre partenaire et fournisseur officiel de pâté du mataf. Une boîte sera débarquée pour une séance photo-shooting parmi les glaçons. Merci encore Hénaff de votre contribution, Manevaï s’en régale quotidiennement ! Après un déjeuner de folie dans le cockpit ensoleillé, on largue les amarres. Petit coup de stress quand même pour ma part qui a été la dernière à embarquer sur le pont … L’équipage est cool cela dit, et ils ne m’ont pas oubliée. Eric installe l’échelle de mât. C’est le moment de prendre de la hauteur vis-à-vis des glaçons … pour les photographier (lol). Il monte et mitraille la zone (avec son appareil photo, hein ?). Je monte aussi et mitraille à mon tour avec la GoPro qui m’accompagnera dans cet essai de voltige. Station plancton number eight l’après-midi. Réassort des garde-manger et une caisse de mangeaille en moins dans la bannette de Philippe. Les quarts « de nuit » seront moins fun ce soir-là car, pas de glaçons et un pilote qui se maintient. On tentera la matinée suivante (le jeudi 11 août) de remplir nos caisses à eau dans une source, à une vingtaine de nautiques de Gjoa Haven. Fail. L’eau coule mais la couleur ne nous plaît pas. On déjeunera au mouillage pour continuer notre route vers notre prochain Eldorado. Yvinec est derrière nous, nous indique l’AIS ainsi que Breakpoint, un voilier Allemand. On l’atteint sous un ciel orangé et sûr pour sûr, Bonavalette et Ratafia nous attendent déjà mais aussi « Nomad », un voilier sous pavillon Autrichien.

Ils remonteront tous leur mouillage le lendemain en direction de Tuktoyaktuk pour les Suisses et les Français et Cambridge Bay pour Nomad. Notre séjour à Gjoa Havn a été riche en rencontres et moments forts. L’équipage de Breakpoint (Thomas et Tatjana) est venu à bord pour le goûter le jour de notre départ (le 13/08) partager leurs connaissances des cartes de navigation canadiennes (ils nous donneront une version complète et à jour) en échange d’infos météo et les dernières mises à jour des cartes des glaces. Ces infos valent de l’or respectivement dans le sens où nous avons passé toute une après-midi la veille à choper une bonne connexion. Charlie, le « Phil Chubbs » de Gjoa Havn nous a adorablement légué son mot de passe WiFi, allumé sa télé pour suivre les JO, offert des magazines locaux, riches en informations croustillantes sur le Nunavut le « Northern News », un mélange de « National Geographic » et d’un hebdomadaire connu, dont je tairai le titre. L’altruisme inconditionnel des personnes comme Phil et Charlie, qui rencontrent au plus 3 bateaux par an nous rend encore bouche bée. Ces gens-là ne comptent pas lorsqu’ils rendent service à tel point que nous aurions pu dormir à terre et prendre une douche dans les locaux de Charlie si on le souhaitait. Les cartes canadiennes, quant à elles sont précieuses et sous-entendent un budget pour leur obtention …

Nous remontons le mouillage vers 15h avec le soleil mais un vent inexistant … pas grave, on est habitués maintenant à mettre le moteur en route pendant les nav’. Direction west west baby vers Cambridge Bay, à 200 nautiques plus ou moins. Nous entrons dans le Simpson Strait à l’heure de notre première véritable tombée de nuit depuis l’Atlantique. Une belle lune orangée, presque pleine, veille sur bâbord de Manevaï. Le chenal est balisé mais certaines bouées manquent (celles présumées éclairées, ce qui rend les choses pratiques...de nuit) Presque 2 nœuds de courant nous poussent à la sortie. Je me couche vers 23h30, je commence mon quart à 5h du matin avec un lever de soleil éblouissant, qui nous a tenu compagnie toute la journée suivante. Le 14 août n’a pas été de tout repos ; entre cuisine, navigation entre des espèces d’atolls près de l’île Jenny Lind (une maîtresse d’Amundsen ?), la vacation avec notre Peter favori, séance boulangerie (le pain américain et les bagels enchantent moins les troupes que le « Manevaï Bread » made by « Baker Phil », les ronronnements du quartier-maître Perkins commencent sérieusement à nous casser les oreilles. Nous l’éteindrons vers 16h le temps de réaliser notre neuvième station plancton. On s’obstine à maintenir les voiles en vie jusqu’à 22h à peu près avant de redemander les services du moteur. C’est qu’avec moins de 7 nœuds de vent apparent sur le travers et une vitesse de 3.5 nœuds sur le fond, notre trace sur la carte n’était pas fort longue … La réalité est parfois cruelle. Donc c’est « BROUUUUUUM » jusqu’au lendemain vers 6h, lorsque le spi sera gréé malgré le vent faible (SE3 quand même). Les écoutes résonnent et réveillent le bord vers 8h. Ce sera un peu plus tard pour la bloggeuse qui aura juste le temps de finir son café avant d’empanner. Nous pénétrons le chenal qui mène vers Cambridge Bay. Il sera bien balisé celui-ci ; toutes les bouées sont présentes et nous aurons même la chance de suivre des alignements avant et arrière. « Nomad » nous attend déjà au mouillage avec la Garde-Côtière Canadienne le « Sir William Laurier ». Les Autrichiens profiteront de leur présence pour leur demander la météo et les glaces avant leur départ une heure après notre arrivée vers les 15h30 car, pas de WiFi fonctionnel ici à Cambridge Bay malgré le fait que la ville paraisse plus organisée, plus verte, plus civilisée que celles arpentées lors de nos escales précédentes. On verra aussi le Maewan 4, rencontré pour la première fois à Tay Bay il y a deux semaines environ. Un autre voilier, ou plutôt, yacht à voile (une belle bestiole de 62 pieds et de 40 tonnes), immatriculé aux BVI du nom de « Agar 2 » fera son entrée quelques heures après nous. Qu’il est bon de socialiser, partager ses expériences avec des fadas du même moule que soi. « Breakpoint » parvient à nous rejoindre au mouillage le lendemain avec leur nouvel équipier. Un autre voilier allemand, le fameux « Caledonia », entendu à plusieurs reprises lors de nos vacations avec Peter vient s’accoster aussi derrière « Agar 2 ». Bien du monde et bien des visages défilent. On s’approvisionnera en eau directement au camion citerne cette fois-ci et au grand bonheur de nos biceps car ce sont plus de 600 litres d’eau qui se sont invités à bord (dans les réservoirs pour ainsi dire), soit une économie de 10 rotations avec les 3 jerricans de 20 litres. « Breakpoint » vient prendre l’apéro avec nous, on leur offre une boîte de pâté Henaff, photographié à plusieurs reprises. (J’espère que l’on pourra vous les faire parvenir à Tuktoyaktuk.) Nous sommes repartis de Cambridge Bay ce matin (le 17/08) à 09h, cap au 270° direction Tuktoyaktuk. Breakpoint nous suit de près, mais nous le devançons de 2 miles. On est trop forts.