Par tout Thetis

Les hautes latitudes polaires n’ont pas fini de nous surprendre concernant la météo. A tel point que nous avons choisi de dévier de notre route pour nous réfugier du coup de vent ouest, annoncé pour la nuit du 02 au 03 septembre (« direkt auf der Nase » comme dirait notre ami Tom, de « Breakpoint » ; ce qui se traduirait par « directement dans le pif »)… Cape Halkett est trop loin pour tenir confortablement notre 295°, Point Barrow encore plus. La baie de Harisson abrite cela dit de petits atolls : des digues naturelles en forme d’arc de cercle. Notre valeureux skipper jette son dévolu sur « Spy Island », qui nous aurait beaucoup plu pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que l’île offre une protection totale des vents d’ouest. Deuxièmement, parce qu’il y a un fan de James Bond en chacun de nous et que la fin de la Guerre Froide n’est pas si lointaine : mouiller dans des eaux si proches d’une terre disputée entre Soviets et Américains aurait contribué à rendre l’atmosphère « so 007 »… surtout avec des températures exponentiellement plus fraîches de 4°C à peine ! Manevaï fait son notre approche vers « l’Ile aux Espions », à un petit 35 nautiques. On y arrivera en fin d’après-midi. En chemin, nous croiserons avec émerveillement un troupeau de baleines, nageant à un mille sur notre bâbord. Nous avons surtout aperçu leurs souffles ainsi que leurs queues plongeantes dans les non profondeurs océanes de 20 mètres … étonnant ! Le temps est plutôt maussade et la visi mauvaise mais le soleil perce des rayons argentés sur la mer grisâtre : un spectacle encore inconnu pour l’équipage. Des plateformes pétrolières se manifestent de temps en temps, tels de petits villages sur pilotis. De loin, on croirait retrouver les toits des maisons victoriennes de Londres, ornées de fines cheminées. Une plateforme énorme, longue d’au moins 300 m est pile poil installée au spot de mouillage prisé par Eric... Spy Island, c’est mort. C’est donc à Thetis Island que Manevaï jettera sa pioche mais encore faut-il la repérer, cette île en forme de virgule… Le GPS ne la pointe pas à sa véritable position et les sondes sont fausses. Si on devait croire notre guide électronique, notre trace aurait carrément beaché sur ce petit bout de terre. Le sondeur est en chute libre … 4m, 3.70m jusqu’à frôler les 2.70m … On s’essaye à une séance de pilotage en prenant toutes les précautions nécessaires et on mouille dans à peine 2.5m … L’alarme de mouillage sera mise en route pour la nuit, qui fut paisible … à notre grande surprise, car … pas de coup de vent !! Tant pis tant mieux, on aura tous au moins pu profiter d’une nuit complète.

Manevaï se remet en route vers 11h le lendemain, le samedi 03 septembre, après avoir rassasié nos estomacs avec notre première brioche ! Elle fut noyée de Nutella pour une certaine, agrémentée de beurre et de confiture pour d’autres et même Philippe qui mange rarement le matin y a succombé ! Heureusement que nous avons bien mangé ce matin-là car avec ce vent d’ouest (dans le pif) Force 5, c’est le Foc que Manevaï arborera (pas sorti depuis la traversée de l’Atlantique). Il faut s’acclimater au sport : qu’est-ce de vivre dans un bateau au près … chaque mouvement du corps pour effectuer n’importe quelle tâche est une prouesse digne d’une gymnaste olympique. On tirera trois bords avant que le vent tourne noroît en fin d’après-midi et c’est sous les ronronnements du quartier maître Perkins que l’équipage dînera...

Dimanche 04 septembre, Manevaï ronronne toujours sous GV. Nous sommes à 32 nautiques de Point Barrow et toujours avec le vent noroît dans le pif. Barrow est un point de passage important pour le reste de l’expédition qui serait, aux dernières nouvelles, englacé de l’ordre de 1/10ème de concentration. Si on passe ça, on pourra dormir sur nos deux oreilles ce soir ! Je vous tiens en haleine pour la suite...